1831-1871 – De la monarchie de Juillet à la Commune

Entrée principale et le cimetière – gravure

Progressivement, l’usage du Père Lachaise s’impose dans un Paris en pleine évolution : la croissance démographique et l’exode rural alimenté par la révolution industrielle gonflent la ville, et font entrer le cimetière au sein même de la cité. Les communes de Belleville et Ménilmontant sont intégrées à Paris : le XXe arrondissement est né. La paupérisation de la classe ouvrière entretient à un rythme cyclique les révoltes et les révolutions. Dans son sillage, le socialisme puis le marxisme naissent. Le Père Lachaise est au cœur de ces affrontements, comme en témoignent les évènements de la Commune. Dans les salons dorés des Tuileries ou de Saint-Cloud, une nouvelle élite prend la place de l’ancienne. Le Père Lachaise est un creuset où tous finissement par être réunis : des derniers grognards de Napoléon accompagnés au cimetière par des nostalgiques de l’Empire aux libéraux de Juillet, des membres du gouvernement de 1848 aux grands argentiers et financiers, des derniers romantiques au premiers positivistes. Et puis il y a le peuple de la ville, dont Balzac puis Zola sont les chroniqueurs : les boutiquiers, les mondaines, les usuriers, les trottins… Le Père Lachaise est à son apogée, indéniablement.

En 1831 est érigé le cénotaphe du musicien Rodolphe Kreutzer, enterré à Genève, et sont inhumés la mathématicienne Sophie Germain, le musicien Ignaz Pleyel et le facteur d’instruments Sébastien Erard. En 1832 ont lieu les inhumations du chimiste Jean-Antoine Chaptal, de l’égyptologue Jean-François Champollion, d’Eléonore Duplay, la compagne de Robespierre, de l’économiste Jean-Baptiste Say, du ténor Manuel Garcia, du paléontologue Georges Cuvier et de Casimir-Perier, premier ministre de Louis-Philippe victime de l’épidémie de choléra. Son monument est élevé sur le rond-point central en 1837 et est surmonté d’une statue du défunt par Cortot. En 1833 sont inhumés le général Anne Savary, duc de Rovigo, l’architecte Godde, auteur de la chapelle et de la porte du cimetière, et le compositeur Ferdinand Herold. Balzac décrit le Père Lachaise dans Ferragus.

En 1834 ont lieu les inhumations du compositeur Jean-François Boieldieu et Balzac publie la célèbre apostrophe de Rastignac au Père Lachaise, dans « le Père Goriot ». En 1835 paraissent les « Promenades pittoresques aux cimetières du Père-Lachaise, de Montmartre, du Mont-Parnasse et autres par Lassalle et Rousseau. 1835, c’est aussi l’année des inhumations de l’avocat et homme politique Pierre-Louis Roederer, du peintre Antoine Gros, du compositeur italien Vincenzo Bellini, du chirurgien Guillaume Dupuytren et du général Charles Antoine Morand.

En 1836 sont inhumés l’homme politique Emmanuel Sieyès et le diplomate Félix de Beaujour, la tombe la plus élevée du cimetière. En 1837, ont lieu les inhumations de l’écrivain Ludwig Börne et de l’aéronaute Robertson. En 1838 sont inhumés le chimiste Pierre Louis Dulong et l’architecte Charles Percier. En 1839 a lieu l’inhumation du diplomate Hugues Bernard Maret, duc de Bassano et, en 1840, celle du maréchal Etienne-Alexandre McDonald et du psychiatre Jean-Etienne Esquirol. En 1841 sont inhumés le maréchal Claude Victor et l’homme politique Martin Gaudin. En 1842 a lieu l’inhumation du chirurgien Dominique-Jean Larrey, du compositeur italien Luigi Cherubini et de l’homme politique Charles Pozzo di Borgo. En 1843 sont inhumés le médecin Samuel Hahnemann, l’actrice Melle Lenormand, le poète Casimir Delavigne et le sculpteur Jean-Pierre Cortot.

En 1844 ont lieu les inhumations du naturaliste Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire, du banquier Jacques Lafitte et de l’écrivain Charles Nodier. 1844, c’est aussi l’année de la parution des Promenades pittoresques aux cimetières du Père-Lachaise, de Montmartre, du Montparnasse et autres par Joseph Marty. En 1845 est transféré au Père Lachaise, dans une concession gratuite, le médecin Xavier Bichat, venant du cimetière Sainte-Catherine et sont inhumés l’homme politique Joseph Lakanal et le sculpteur François Joseph Bosio.

En 1846, Balzac décrit le Père Lachaise dans « le Cousin Pons » et sont inhumés le mime Gaspard Debureau et Clotilde de Vaux, la prêtresse du positivisme. En 1847 ont lieu les inhumations du général Emmanuel de Grouchy et de la comédienne Melle Mars et, en 1848, celles de la violoniste Margherita-Maria Milanollo. En 1849 est inhumé Frédéric Chopin, sans son cœur qui retourne en Pologne. En 1850, c’est la fin des extensions du Père Lachaise : sa surface originelle est doublée. La ville de Paris érige le monument commémoratif dédié aux défenseurs de l’ordre, victimes des émeutes de 1832 à 1848. C’est le premier monument de ce type au cimetière. 1850, c’est aussi l’année de l’inhumation de l’écrivain Honoré de Balzac, de la cantatrice Caroline Branchu et du chimiste Louis-Joseph Gay-Lussac.

En 1851 est inhumé le maréchal Guillaume Dode de la Brunerie. En 1852 parait « Les cimetières de Paris » par Acquier et Noël et le « Recueil de divers tombeaux composés ou exécutés dans les cimetières de Paris » par Demont et Marlier. C’est aussi l’année de l’inhumation du général Gaspard Gourgaud et du sculpteur James Pradier. En 1853 sont inhumés l’astronome te homme politique François Arago, les architectes Pierre-François Fontaine et Louis Visconti et du statisticien Sébastien Bottin. En 1854 parait « Paris historique, pittoresque et anecdotique. Le Père-Lachaise » par Benjamin Gastineau. Le prédicateur Félicité Robert de Lamennais est inhumé, selon ses souhaits, dans la fosse commune du cimetière, tandis qu’est envoyé un escadron de cavalerie afin de disperser l’immense cortège qui suit son enterrement. En 1854 est inhumé le général Jean Antoine Marbot.

En 1855, parait « Le Père-Lachaise. Recueil général alphabétique des concessions perpétuelles établies dans ce lieu » par F. Salomon, qui permet, encore aujourd’hui, de localiser les sépultures. En 1855 ont lieu les inhumations du poète Gérard de Nerval et du peintre Jean-Baptiste Isabey et, en 1856, celle du sculpteur Pierre-Jean David d’Angers. 1856 est aussi l’année de la création d’un enclos musulman, à la demande de l’empire Ottoman. En 1857 sont inhumés le philosophe Auguste Comte, le chansonnier Béranger et le poète Alfred de Musset et en 1858 la tragédienne Rachel. En 1859 a lieu l’inhumation de Henry Seymour, plus connu sous le nom de « Milord l’Arsouille ». En 1861 est inhumé le compositeur Eugène Scribe. En 1862, Victor Hugo évoque le cimetière dans « Les Misérables » et est inhumé le préfet de police Louis-Marie de Belleyme. En 1863 sont inhumés le joaillier et industriel Charles Christofle et le peintre Eugène Delacroix et, en 1864, le peintre Hippolyte Flandrin et un des chefs de file des Saint Simoniens, Prosper Enfantin.

Le jour des morts à Paris : entrée du Père Lachaise – gravure d’après Jules Pelcoq dans Le Monde Illustré , novembre 1870

En 1865 parait le « Guide dans les cimetières de Paris » par Théophile Astrie et est inhumé l’homme politique Charles de Morny alors qu’est ouvert un second enclos israélite. En 1867 sont inhumés le peintre Dominique Ingres, le philosophe Victor Cousin et le médecin Armand Trousseau et, en 1868, le diplomate d’origine polonaise Alexandre Walewski, le compositeur Gioachino Rossini (qui sera transféré en 1887 à Florence), Louis Desnoyers, qui fonda la Société des Gens de Lettres, et Guillaume Viennet, qui écrivit sur le cimetière. En 1869 sont inhumés la cantatrice Julia Grisi et le spirite Allan Kardec, alors que Flaubert décrit le Père Lachaise dans l’ « Education sentimentale ». En 1870, l’inhumation du journaliste assassiné Victor Noir est l’occasion d’une contestation au régime bonapartiste qui veut le porter en triomphe jusqu’au Père Lachaise. Il est finalement inhumé à Neuilly mais il sera transféré au Père Lachaise en 1891. En 1871 est inhumation le compositeur Esprit Auber et, en mai, les derniers fédérés réfugiés dans l’enceinte du Père Lachaise sont finalement fusillés contre la clôture Est du cimetière.

 

Sources : Philippe Landru. Date de création : 2005-09-09.

Le Père Lachaise

Date de la dernière mise à jour : 1 février 2021