RACHEL, Elisa FELIX, dite Mademoiselle (1821-1858)
France

gravure par Remond d'après le tableau par Auguste Charpentier, 1840 - Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, Paris
Grande tragédienne

Elisa Félix nait le 28 février 1821 dans une auberge de Mumpf, dans le canton alémanique d’Argovie en Suisse centrale. Elle est issue d’un milieu d’une extrême indigence. Son père enseigne aux enfants la chanson et la déclamation pour les envoyer mendier dans les cafés de la ville de Lyon.

Arsène Houssaye raconte que Victor Hugo, entendant la jeune Elisa chanter dans la rue, lui aurait donné une pièce et des vers et l’aurait sanctifié d’un baiser. En 1831, le professeur Choron, un philanthrope qui enseigne la musique classique aux enfants des familles pauvres, surprend la jeune fille avec sa sœur aînée Sarah.

Il est aussitôt ému par leurs aptitudes exceptionnelles. Quelques semaines plus tard, la famille Félix débarque à Paris. Choron présente alors Elisa, qu’il a entre-temps rebaptisé Rachel, à son ami Saint-Aulaire, sociétaire du Théâtre-français, qui dirige un cours d’art dramatique.

En avril 1835, au carrefour de la providence, les bonnes fées protectrices de la jeune enfant placent sur son chemin, l’auteur dramatique et professeur au Conservatoire, Isidore Joseph Samson :

« Je fus frappé du sentiment tragique qui se révélait en elle. Le feu brûlait dans cette jeune et faible poitrine ! »

On admet Rachel au Conservatoire, le 27 octobre 1836, et Samson la prend sous son aile.

Sans relâche, la diaphane pauvresse entreprend l’apprentissage de tous les grands rôles tragiques. Elle débute deux ans plus tard dans le rôle de Camille, de Horace de Corneille. Dès lors, mademoiselle Rachel devient, pour le Théâtre-français, le pendant féminin du grand Talma. Elle incarne les plus grandes héroïnes du répertoire dramatique de Jean Racine dont, en 1843, une «Phèdre» mémorable.

Tour à tour Emilie de Cinna, Hermione d’Andromaque, Aménaïde de Tancrède… elle joue toutes les tragédies classiques. Cependant, Rachel n’est pas belle, son effrayante maigreur va à l’encontre des critères esthétiques de l’époque.

Son amant, Alfred de Musset, dit d’elle :

« La taille de mademoiselle Rachel n’est guère plus grosse qu’un des bras de mademoiselle George ! »

En revanche, elle a dans la manière de se mouvoir, une élégance innée qui en fait un modèle de grâce et d’aisance. Sa voix en contralto parvient à réciter des vers, prosaïquement, et dans ses inflexions les plus délicates, à déclencher des émotions électriques et des clameurs hystériques.

Les annales cancanières du Théâtre-français nous apprennent que c’est Louis Véron, administrateur de l’Opéra de 1831 à 1835 et fondateur de «La Revue de Paris», qui a le suprême privilège de défricher de toutes membranes impubères, le corridor dans lequel, le poète Alfred de Musset, le journaliste Emile de Girardin, l’avocat Emmanuel Arago, l’éditeur Michel Lévy, le banquier Bischoffsheim et l’acteur dramatique François Ponsard, pour ne citer qu’eux, promèneront l’objet de leur virilité.

Lors d’une soirée chez le comte Molé, Rachel aurait répondu « Chez toi, ce soir, pour rien » à la missive sans appel du rejeton royal, le prince de Joinville, qui lui demandait « Ou ? Quand ? Combien ? » De plus, les deux accouchements de la tragédienne donnèrent un petit-fils à l’empereur Napoléon 1er et un autre à son fidèle complice, le maréchal Bertrand, qui accompagnera l’infortuné despote dans sa relégation forcée sur l’île Sainte-Hélène.

Malgré la brièveté de sa surprenante carrière, Rachel effectue plusieurs tournées internationales. Elle va en Angleterre, où elle est reçue par la Reine Victoria. Elle part aussi de l’autre côté de l’Atlantique, où elle triomphe au Métropolitain Theater de Broadway.

Ses perfides détracteurs lui reprochent de s’exhiber devant un parterre de barbares incultes. Rachel récite une Ode à l’Amérique, composée pour la circonstance par Régis de Trobriand. Celle ci est accueillie dans une atmosphère de ferveur amoureuse par le public new-yorkais.

«Apôtre confiante, avec moi, sous vos cieux,
J’ai porté mon espoir, mon oracle et mes Dieux.
J’ai parlé devant vous la langue du génie.
Pour imposer silence à qui vous calomnient,
Voici votre réponse : Elle est dans cet accueil
Qui me gonfle le cœur d’un légitime orgueil !»

Avant son retour du nouveau monde, Rachel est déjà gravement malade. En septembre 1857, elle part pour Le Cannet où elle expire le 3 janvier suivant.

Rachel n’a pas eu les funérailles qu’elle souhaitait. Une reine ne s’enterre pas dans la modestie. Ce jour-là, ils sont quarante mille en quittant la Place Royale. Mais ils sont plus de cent mille en arrivant dans la section juive du Père-Lachaise !

Jules Janin, l’un des critiques les plus hostiles aux voyages outre-Atlantique de la tragédienne, prononce son oraison funèbre :

« Voici que nous rapportons morte, au tombeau de sa sœur Rébecca, la plus jeune et la plus grande de notre âge. Ici reposent en même temps l’éloquente Rachel et tous les grands poètes d’autrefois qu’elle avait ranimés de son souffle ingénu et tout-puissant ! A l’aspect de tant de douleurs, messieurs, notre voix est impuissante. Un seul homme aujourd’hui pourrait raconter un tel deuil ; cet homme est le plus grand poète de notre temps, et, nouveau Prométhée, il habite un écueil au milieu de l’Océan ! »

Elle repose avec sa sœur, Lia Félix, elle aussi comédienne (1831-1908).

Histoire du cimetière : L’avenue qui conduit au monument a pris son nom.

Sources : -. Date de création : 2005-10-26.

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Monument

Inscriptions : RACHEL

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Date de la dernière mise à jour : 21 décembre 2023