1940-1944 – Sous l’occupation

Cases cinéraires de résistants anonymes

Cette période peu glorieuse de notre histoire a aussi un retentissement néfaste sur le cimetière du Père Lachaise. Cet endroit que l’on pourrait penser à l’abri des querelles et des guerres des vivants, a à subir, lui aussi, les rigueurs de l’occupant et de ses séides du gouvernement de Vichy. Si beaucoup de militaires allemands se contentent d’être des visiteurs attentifs et respectueux, il n’en est pas de même des sinistres cohortes accompagnant les troupes d’occupation.

De triste mémoire, la Gestapo impose dès 1941 l’anonymat après crémation de leurs restes mortels pour les « terroristes » morts lors de leur interrogatoire ou de leur transfert après tortures, sévices, et exécution, comme Jean Moulin, Pierre Brossolette et bien d’autres. Ils sont donc incinérés .Ces quelques cases, portant en leur coin un drapeau français avec la mention « inconnu », restent aujourd’hui un témoignage poignant de cette époque troublée.

Si l’histoire leur rend justice en reconnaissant leur sacrifice, il n’en demeure pas moins que ces hommes, résistants, soldats de l’ombre, n’ont aujourd’hui encore de sépulture à leur nom. Deux exceptions : les cendres présumées de Jean Moulin seront transférées au Panthéon par la volonté du Général de Gaulle et de son ministre de la Culture, André Malraux, le 19 décembre 1964. Elles y seront rejointes par les cendres présumées de Pierre Brossolette, le 27 mai 2005, selon la volonté de Jacques Chirac.

Gerda Taro, de son vrai nom Gerda Pohorylle, est la première femme photographe de guerre. Elle est tuée accidentellement par un char loyaliste qui l’écrase lors d’une fausse manœuvre en 1937 à Brunette à l’ouest de Madrid, alors qu’elle se trouve sur le marchepied de sa voiture. Elle est inhumée au Père Lachaise dans la 97ème division. Une inscription sur sa tombe faisait mention de son engagement lors de la guerre fratricide espagnole, mais c’est le plus illégalement du monde que l’occupant nazi fait supprimer l’inscription gravée sur sa sépulture.

Dans le même temps, Edouard Drumont, chantre pamphlétaire de l’antisémitisme primaire se voit honorer sur sa tombe d’une inscription pour le moins révélatrice des orientations de l’époque (1943) pour son œuvre « immortelle » « La France juive ». Il faudra attendre 2000, pour qu’un arrêté municipal du conseil de Paris conforme à la loi, fasse supprimer cette inscription.

La frénésie de recherche de matières premières entraine les nazis à s’attaquer dès 1941 aux monuments comportant des structures de fonte ou de bronze. C’est ainsi que les chaînes ceinturant la sépulture de Victor Noir, par exemple, sont réduites à l’état de métal pour la fonte de canons. Cette période noire de notre pays alimente encore bien des légendes au Père Lachaise. Caches d’armes pour la résistance, point de repli pour la milice, dernier refuge pour les collabos traqués et recherchés, que d’histoires entendues, que de contre-vérités dont l’histoire officielle a fait table rase !

En 1942 est inhumé Pierre Sémard, fusillé par les Allemands. 1943 voit les inhumations de Jane Avril et d’Henriette Caillaux. En 1944 sont inhumés Joseph Caillaux, le colonel Fabien et Yvette Guilbert. 1945 voit l’inhumation de René Lalique. Plus tard, à quelques pas de là, les monuments à la mémoire des victimes des camps se dresseront. Du génocide arménien à la guerre d’Espagne, de la montée des Ligues à la Shoah, le Père Lachaise dresse de ces années un formidable mémorandum du XXème siècle, loin de l’image romantique de ses divisions classées.

Sources : Régis Dufour Forrestier, C. Charlet, C. Del Nin.  Date de création : 2005-10-16.

Le Père Lachaise

Date de la dernière mise à jour : 1 février 2021