KIEFFER Jean Daniel (1767-1833)
France

dessin par Giles Louis Chrétien, 1807 - Collection privée
Auteur du premier dictionnaire turc - français

Jean Daniel Kieffer voit le jour à Strasbourg le 4 mai 1767. Il est baptisé en la paroisse protestante de Saint Pierre le Jeune. C’est le fils de Jean Frédéric Kieffer, bourgeois mesureur de grains au chapitre de Saint Thomas de Strasbourg et d’Evernott. Il fait ses études classiques au lycée protestant de Strasbourg. Se destinant à la carrière de pasteur évangélique, il suit les études théologiques au collège Saint-Guillaume.

Il y découvre les langues orientales qui, outre l’hébreu, font alors partie de l’instruction théologique de l’église évangélique. Il a pour professeurs, Jean-Frédéric Oberlin, Jean Georges Dahler et Jean Schweighaeuser dont il est le collaborateur. En 1788, Il quitte Strasbourg pour Paris. Il s’engage comme volontaire dans le 2e bataillon de la Garde nationale à Saint-Germain-en-Laye le 26 mars 1793.

Grâce à Charles Rosenstiel, interprète au ministère des Relations extérieures, il rejoint, le 23 novembre 1794, la commission des Relations extérieures du Comité de salut public, comme traducteur allemand. Charles Rosenstiel deviendra, plus tard, son beau-père,

André François Miot, commissaire des Relations extérieures, le charge de recueillir tous les traités et actes diplomatiques parus en Europe depuis la révolution française. Le 3 mars 1796, grâce à l’appui de Jean-François Reubell, directeur du corps législatif, et en raison de sa connaissance des langues d’Orient, il devient deuxième secrétaire interprète de la légation près la Porte ottomane à Constantinople.

Il s’embarque le 17 septembre 1796 avec le nouvel ambassadeur de France, Aubert du Bayet. À Constantinople il devient l’élève de Pierre Ruffin, orientaliste renommé et Premier secrétaire interprète de la légation. A la suite du débarquement des troupes françaises en Égypte, partie de l’empire ottoman, Selim III l’emprisonne avec Ruffin et l’ensemble de la légation française à Yedi Kule.

Durant trois ans, il met à profit sa captivité pour se perfectionner en arabe, persan et surtout turc, sous la direction de Pierre Ruffin et avec l’aide de Joseph Dantan, fils de drogman. Il tient le livre de comptes de la communauté. Kieffer met aussi sa bibliothèque personnelle à disposition des prisonniers. Il enseigne les langues à ses compagnons, notamment l’allemand au capitaine de Richemont, et le grec ancien à François Pouqueville.

Cette communauté forcée compte entre autres Jean-Bon Saint André, Alexandre Gérard et de La Salcette. Leur libération a lieu le 26 août 1801, mais la légation n’a pas la permission de retourner en France. Il assiste Ruffin aux conférences que celui-ci tient avec le commissaire turc Ibrahim Besim Effendi pour obtenir du gouvernement ottoman la restitution des biens religieux et commerciaux saisis durant la guerre.

Il devient secrétaire interprète le 16 septembre 1802. Sur proposition de l’ambassadeur de France à Constantinople, le général Brune, il accompagne à Paris l’envoyé du sultan Mehmet Sait Halet Efendi. Mais l’ambassadeur ottoman craint le trajet par bateau. C’est par la terre, en 71 jours, à partir du 14 juillet 1803, qu’a lieu le voyage, par la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne.

Le 22 septembre 1803, il retrouve enfin Paris après sept années passées au Levant. En février 1804, il devient secrétaire interprète pour les langues orientales auprès du ministère des Affaires étrangères. La traduction des lettres adressées au gouvernement français par les princes orientaux lui incombe officiellement. Un grand nombre de ces lettres, dans le Tome II de la « Correspondance des Deys d’Alger avec la Cour de France », porte mention de son nom comme interprète.

Sur proposition de Talleyrand, le Collège de France le nomme, le 11 novembre 1805, professeur suppléant de Pierre Ruffin à la chaire de langue turque. Antoine Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838) y tient la chaire de persan. En 1806, le comte d’Hauterive le charge de traduire en turc les bulletins de la Grande Armée pour les campagnes contre l’Autriche, la Prusse et la Russie.

En août 1807, Talleyrand le charge de mission auprès de l’ambassadeur du Maroc, El Hadji Idris Rami, en mission en France. Il accompagne celui-ci de Marseille à Paris, puis en octobre de Paris à Bayonne pour le voyage retour. Le 10 novembre 1808, il devient membre du premier consistoire luthérien de la confession d’Augsbourg. En 1811, Napoléon, le comte Alexandre Maurice d’Hauterive (1754-1830) et le duc de Bassano, ministre des Affaires étrangères, s’intéressent au projet de Kieffer et Ruffin de réaliser un dictionnaire Turc-Français.

La France, suite aux récentes conquêtes en Dalmatie et le rétablissement des relations diplomatiques avec la Porte, veut encourager le commerce entre les deux empires. Jean-Daniel Kieffer commence la rédaction du « Dictionnaire Turc-Français à l’usage des agents diplomatiques …  navigateurs, et autres voyageurs dans le Levant ».

Le ministère envoie régulièrement les feuilles du dictionnaire préparées par ses soins à Constantinople à Pierre Ruffin. Celui ci les annote et les corrige avant de les renvoyer à Paris. Le premier tome du dictionnaire ne sera publié qu’en 1835. Le second tome paraitra en 1837, quatre ans après sa mort, grâce à son collaborateur, Xavier Bianchi. Le 22 janvier 1815, il devient Second secrétaire interprète du roi Louis XVIII pour les langues orientales.

Le 2 août 1817, il embarque pour Londres. Là, la British and Foreign Bible Society (BFBS) lui demande de réviser une traduction du Nouveau Testament en turc. Il se rend à Leyde, puis à Berlin, où le manuscrit est archivé et le ramène à Paris. L’Université de Leyde consent à prêter le manuscrit. Le gouvernement français lève tout droit d’entrée pour le papier et les caractères d’imprimerie qui viennent de Berlin.

Il retourne à Londres, en mai 1819, avec la version révisée du nouveau testament en turc. La BFBS le charge alors de surveiller l’édition des livres saints en basque, en breton, en italien, en arménien et en syriaque. Pour la seule année 1832, on distribue 160 000 exemplaires des saintes écritures. Le 16 juillet 1818, il devient membre du comité chargé d’encourager l’instruction dans les écoles luthériennes de Paris.

Le 16 novembre 1819, il devient Premier secrétaire interprète du roi pour les langues orientales. Il dirige aussi l’école des élèves interprètes au Collège Royal Louis-le-Grand. Il entame la traduction de l’Ancien Testament en langue turque. Le 11 septembre 1822, il remplace Pierre Ruffin, installé définitivement à Constantinople, comme titulaire de la chaire de turc du Collège de France.

Le 4 novembre 1822, il fait partie de la Société des missions évangéliques de Paris chez les peuples non chrétiens. En 1825, le baron de Damas le charge d’accompagner Sidi Mahmoud, envoyé de Hussein II Bey de Tunis, au sacre de Charles X. Par ordonnance royale du 23 août 1829, il se voit contraint de faire valoir ses droits à la retraite.

Il continue cependant ses fonctions de professeur de langue turque au Collège de France, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort. Il meurt du choléra à Paris, le 29 janvier 1833. Ses obsèques ont lieu le 31 janvier au Temple réformé des Billettes.

Distinctions : chevalier de la Légion d’honneur (18 décembre 1816).

Sources : Base Léonore (Légion d’honneur) ; Wikipedia. Date de création : 2013-10-18.

Monument

Inscriptions : Ici repose un homme de bien. Jean Daniel KIEFFER Professeur au Collège de France. Ancien premier secrétaire interprète du roi pour les langues orientales. Né à Strasbourg le 4 mai 1767. Mort à Paris le 29 janvier 1833.

Photos


Date de la dernière mise à jour : 26 avril 2021