GARAT Martin (1748-1830)
France

Premier Gouverneur de la Banque de France

Martin, le dixième des treize enfants de Pierre Garat et de Marie Darrigol, nait à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), le 12 décembre 1748 et il est baptisé en la paroisse Notre-Dame. Il est élevé et destiné au commerce et gagne déjà sa vie à quatorze ans. Son attitude et ses talents lui valent, au bout de huit ans de travaux, d’être associé avec la plus forte maison de commerce de Bayonne.

Il dissout sa société en 1782 pour faire un voyage en l’Amérique avec une cargaison considérable. Revenu en France en 1783, il continue son commerce jusqu’en 1785. Il vient à Paris dans le dessein de former un établissement dans l’Inde. La même année 1785, il entre au Trésor royal, qui est la caisse générale des revenus de l’État.

Dans un état des traitements du personnel du Trésor royal, datant de cette époque, Martin Garat figure comme premier commis de la caisse générale de département, avec un traitement annuel de 12 000 livres. Il a l’un des trois plus importants traitements des cinq départements du Trésor royal à Paris. Premier commis du grand comptant du Trésor royal, il est déjà, à la fin de l’Ancien Régime, un fonctionnaire d’une certaine importance.

Ses anciennes activités de négoce l’ont enrichi et, en 1791, il procède à plusieurs acquisitions. En juillet 1791, il est nommé caissier général de la Trésorerie nationale que l’Assemblée nationale constituante vient de créer et qui fait appel aux principaux responsables du Trésor public. Les six commissaires administrateurs de la Trésorerie nationale autorisent, le 23 avril 1792, « M. Garat, caissier général, à recevoir les sommes que des citoyens pourraient apporter en espèces à la Trésorerie, et à leur remettre la somme équivalente en assignats. »

Mais c’était la Révolution et Martin Garat a des difficultés avec le gouvernement des Girondins et le ministre de l’Intérieur Roland, en particulier, qui l’accuse d’une mauvaise gestion des fonds de la Trésorerie. Le 25 août 1792, ses comptes sont vérifiés par les commissaires de la Trésorerie nationale, sous la surveillance des députés Cambon et Guyton, commissaires du comité des finances de l’Assemblée nationale.

Ils sont reconnus « parfaitement en règle ». Aussitôt après, ne pouvant admettre la moindre suspicion à son égard, Garat donne sa démission. N’étant plus fonctionnaire public, il est alors astreint au service de la Garde nationale de Paris et est affecté à la 11e compagnie de la section armée du Mont-Blanc. En mars 1793, Martin Garat est nommé (par le général de La Bourdonnaye, celui-là même auquel il a acheté deux ans plus tôt sa maison du Chesnay), adjoint aux adjudants-généraux de l’armée des Côtes, pour être employé à la 12e division militaire, à La Rochelle.

Il part donc de Paris le 24 mars, et rejoint La Rochelle. Mais l’état-major étant déjà composé, il ne peut être employé. Malade, il obtient l’autorisation de se rendre aux eaux de Barèges (Hautes-Pyrénées) « pour rétablir sa santé ». Il y passe un certain temps ainsi qu’à Bayonne. En septembre, après une absence de près de six mois, il rentre à Paris.

Le 29 septembre 1793, il est arrêté et interné à la prison de La Force et n’est libéré, grâce à la chute de Robespierre, que le 6 août 1794. Au début de 1800, un groupe de banquiers, appuyé par le conseiller d’état Emmanuel Crétet, décide la constitution d’une banque, qui serait protégée par le gouvernement : la Banque de France. Le 27 février 1800, le conseil général de régence de la Banque de France, qui se compose de régents et de censeurs, arrête que Garat, directeur général de la Caisse des comptes courants, est nommé directeur général de la Banque de France.

Celui-ci est placé sous l’autorité du président du conseil général de régence, Jean-Frédéric Perregaux. De même que les billets de la Caisse de comptes courants avaient porté la signature de Garat, les billets de la Banque de France portent sa signature, et cela jusqu’à sa mort. Aussi, les mauvais garçons de l’époque appellent-ils ces billets les « fafiots garatés ». La Banque de France, dont Martin Garat est l’un des fondateurs et le véritable organisateur, va jouer un rôle de plus en plus considérable dans la vie économique du pays et rendre de grands services à l’État.

Le Premier Consul en suit de près l’activité ; chaque semaine, il reçoit un état des mouvements présenté par Perregaux et une situation signée par le directeur général Garat. En 1806, l’Empereur place la Banque de France sous le contrôle du Conseil d’État, et met à sa tête un gouverneur (le conseiller d’état Crétet) et deux sous-gouverneurs, nommés par l’État. Mais c’est entre le gouverneur et le conseil général de régence – dont dépendait jusqu’ici Garat – une véritable dualité de pouvoir.

Garat conserve ses fonctions mais, à partir de 1808, avec le titre simplifié de directeur de la Banque de France. Par ailleurs, il est nommé, en 1807, membre du premier collège électoral de l’arrondissement de Paris et, comme tel, prête serment à l’Empereur. Dans un état du 31 décembre 1808, Garat figure, avec cent quatre actions, dans la liste des deux cents principaux actionnaires de la Banque de France qui détiennent un peu plus de cinquante pour cent du capital.

Parmi ces deux cents actionnaires, on trouve l’Empereur e les banquiers Perregaux, Laffitte, Mallet, Seillière, Hottinguer. Dans un état précédent, du 17 octobre 1807, Martin Garat détenait cent trente-trois actions de la Banque de France. L’Empereur demande un rapport sur Garat au comte Jaubert, conseiller d’État et nouveau gouverneur de la Banque de France.

Voici ce que celui-ci écrit le 9 août 1810 : « Monsieur Garat : 62 ans ; marié, 4 enfants : 2 garçons dont un de 16 ans, 2 filles dont l’aînée vient d’épouser le colonel baron Vallin ; a occupé des places distinguées à la Trésorerie. Directeur de la Banque depuis l’origine ; fondateur de l’ordre admirable qui règne dans les écritures ; est la cheville ouvrière avant l’établissement du gouvernement de la Banque. Continue de se rendre éminemment utile ; fortune, environ 800 000 francs, dont partie en immeubles. ».

Garat est présenté à l’Empereur le 30 août de cette même année. Par décret du 12 janvier 1814, il est nommé capitaine au 4e bataillon de la 4e légion. Aussi l’appelait-on en plaisantant, à la Banque de France, le capitaine Garat. Lors de l’agonie de l’Empire, après le congrès de Châtillon, il est, une fois de plus, chargé du service de surveillance intérieure de la Banque. En 1818, il est décidé qu’en cas d’absence de Martin Garat, c’est son fils Paul qui signe les billets de la Banque.

Quelques années plus tard, étant donné son âge (il a soixante-quinze ans) et « l’énorme responsabilité qui a constamment pesé sur lui sans que cependant elle ait été jamais compromise », Martin Garat souhaite que son fils devienne son adjoint : le conseil de régence est « unanime sur les éloges à donner au zèle, à l’exactitude et aux talents de M. le directeur » mais ne juge pas à propos de créer la place d’adjoint.

Travailleur infatigable, Martin Garat reste à son poste jusqu’à sa mort. Lui-même et sa femme habitent à Paris, le palais de la Banque de France, 2, rue Neuve-des-Bons-Enfants (rue Radziwill actuelle), avec trois de leurs enfants : Saubade, Paul, Léonie et leurs familles ; le quatrième enfant, Charles, se fixe à Strasbourg. Garat jouit d’une assez belle fortune.

Son traitement annuel de directeur de la Banque de France est de 24 000 francs, et la ferme du Grand et du Petit vivier à Orsay, de cent soixante-huit hectares, qu’il a acquise en 1791, rapporte 10 000 francs.

L’analyse du testament de Martin Garat, fait le 22 février 1829, donne le détail de ses biens à la fin de sa vie : la ferme du grand et du petit vivier, à Orsay (350 000 francs); la campagne de la Briqueterie, à Ris, évaluée avec le mobilier (150 000 francs); vingt actions de la Banque de France (40 000 francs), mobilier et argenterie, à Paris (25 000 francs). Martin Garat est au château de la Briqueterie, à Ris-Orangis (Seine-et-Marne), quand il meurt le 11 mai 1830, âgé de quatre-vingt-un ans.

Toutefois afin qu’il puisse être inhumé à Paris, son décès ne doit pas être constaté ailleurs que dans la capitale. Et c’est son gendre, le général Daumesnil, qui a la pénible mission de ramener le corps de son beau-père, assis dans une voiture. Garat est unanimement regretté.

Une foule considérable assiste à ses obsèques, en l’église paroissiale des Petits-Pères. Tous les membres du conseil général de la Banque de France, ayant à leur tête le gouverneur, le duc de Gaète, sont présents. Les garçons de recette de la Banque, qui n’avaient pu accompagner le convoi, arrivent au Père-Lachaise, de tous les quartiers de Paris, le sac sur le dos, afin de saluer une dernière fois leur directeur.

La baronne Garat meurt à Paris le 12 novembre 1847 et est inhumée avec son époux. Il repose avec son gendre, le général et vicomte Louis Vallin (1770-1854), et l’historien Léon Louis Borrelli de Serres (1836-1913).

Titres : baron de l’Empire (15 août 1810). Distinctions : chevalier de la Légion d’honneur (19 août 1814). Hommages : Une rue porte son nom dans le 20ème arrondissement de Paris.

Sources : Wikipedia. Date de création : 2019-12-22.

Monument

Photos


Date de la dernière mise à jour : 6 avril 2021