BARTHE Félix (1795-1863)
France

Félix Barthe voit le jour à Narbonne (Aude), le 28 juillet 1795. Il est le fil de Michel Barthe (1758-1820), député au conseil des cinq cents et de Marie-Anne Valette (1762-1830). Il épouse, le 8 août 1820, Célestine Victoire Thomas (1801-1875) dont il aura une fille. Félix Barthe fait ses études au Collège Saint-Rémi de Toulouse puis à la faculté de droit de cette ville. Il vient faire son stage à Paris et s’inscrit comme avocat au barreau de la capitale.

Très jeune, il s’engage dans la charbonnerie et devient l’un des hommes en vue du parti libéral, se faisant remarquer à la fois par son talent d’avocat et par l’ardeur de son opposition à la Restauration. Il se signale notamment par le discours qu’il prononce aux funérailles du jeune Lallemand, tué par un garde royal en juin 1820 en criant « Vive la Charte ! » lors d’une émeute sur la place de la Concorde. Barthe tente, mais sans succès, de faire citer l’assassin devant le Conseil de guerre et adresse aux journaux une protestation qui est arrêtée par la censure.

Dès lors, il plaide dans de nombreux procès politiques. Il fait acquitter devant la Chambre des pairs le lieutenant-colonel Caron, accusé d’avoir participé à une conspiration en août 1820. Il défend à Colmar trois des accusés de la conspiration découverte à Belfort en 1821. En juillet 1823, il plaide pour le député du Haut-Rhin Jean-Jacques Koechlin qui publie une brochure sur le complot de Colmar et est suspendu pendant un mois pour la vivacité de sa plaidoirie. Ses confrères libéraux prennent alors sa défense et organisent un banquet en son honneur.

Il défend également les quatre sergents de La Rochelle. Devant la Chambre des députés, il plaide pour le Journal du Commerce, poursuivi pour avoir parlé légèrement des élections, et qui est condamné à la peine minimale. En 1830, Barthe est l’un des artisans des Trois Glorieuses. Il participe à la protestation des journalistes contre les ordonnances de Saint-Cloud et aux travaux de la commission municipale provisoire. Il est nommé procureur du roi près le tribunal civil de la Seine.

Il est élu député le 21 octobre 1830 dans le 7e arrondissement électoral de Paris (381 voix sur 709 votants) contre Nicolas Bavoux, qui venait d’être nommé conseiller-maître à la Cour des comptes et est donc soumis à réélection. Le 27 novembre 1830, il succède à Joseph Mérilhou comme ministre de l’Instruction publique et des Cultes et ministre-président le Conseil d’État dans le gouvernement de Jacques Laffitte.

Le 13 mars 1831, il succède à Mérilhou comme ministre de la Justice dans le gouvernement Casimir Perier, tout en gardant la responsabilité de présider le Conseil d’État, et conserve ces fonctions dans le premier gouvernement Soult jusqu’au 4 avril 1834. Il attache son nom à l’un des monuments législatifs du règne : la loi du 28 avril 1832 modifiant le Code pénal et le Code d’instruction criminelle. La Caricature du 18 juillet 1833 en fait le portrait suivant :

« À ces yeux louches, à ce sourire faux, à cette tournure épaisse, à cette figure outrecuidante, vous devinez que ce ministre est Barthe. Il n’y a guère qu’à l’administration de la justice en France, que vous auriez de la peine à reconnaître l’ex-carbonaro de la Restauration ; mais que voulez-vous ? C’est comme ça que la monarchie les aime. »

Selon les journaux satiriques du temps, Barthe met à profit son fort strabisme pour surveiller simultanément les légitimistes et les républicains. Il est réélu député le 5 juillet 1832 dans le 11e arrondissement électoral de Paris (589 voix sur 976 votants contre 330 à Boulay de la Meurthe). En 1834, il présente la loi sur la censure et les associations politiques.

Nommé pair de France et Premier président de la Cour des comptes (1834), il redevient ministre de la Justice dans le deuxième ministère Molé du 15 avril 1837 au 31 mars 1839. Il retrouve alors la première présidence de la Cour des comptes. Il est révoqué de ses fonctions de Premier président en 1848 mais réintégré en 1849. Le 31 décembre 1852, il est nommé sénateur du Second Empire.

Il se montre relativement discret et professe des opinions beaucoup plus conservatrices que dans sa jeunesse. Dans la discussion de l’adresse le 6 mars 1861, il propose un amendement demandant « le maintien à Rome de la souveraineté temporelle du Saint-Siège, sur laquelle repose l’indépendance de son autorité spirituelle ». Cette proposition étonne de la part d’un ancien carbonaro ; Prosper Mérimée l’explique en ces termes dans une lettre du 8 mars 1861 :

« Savez-vous pourquoi M. Barthe, qui d’ordinaire est assez lourd, est meilleur que de coutume dans son discours sur l’amendement ? C’est qu’il a consulté une nymphe Égérie, et cette nymphe n’est autre que notre ami Thiers. »

Il est également membre de l’Institut de France. Il décède à Paris le 28 février 1863.

Distinctions : grand-croix de la Légion d’honneur (19 avril 1846).

Sources : Robert (Adolphe), Bourloton (Edgar), Cougny (Gaston) Dictionnaire des parlementaires français, 1789 1891, Bourloton éditeur, Paris, 1891 ; Base Léonore (Légion d’honneur). Date de création : 2013-01-29.

Monument

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Date de la dernière mise à jour : 26 février 2021