il Anatole (Nikolaïevitch) Demidoff voit le jour à Saint-Pétersbourg (Russie), le 17 avril 1812. Deuxième fils de Nicolas Demidoff, élevé à Paris, il commence une carrière dans la diplomatie russe. Il sert brièvement dans les ambassades de Paris, Rome et Venise. A Paris, il habite l’hôtel édifié par Charles de Wailly pour le sculpteur Augustin Pajou, 87 rue de la Pépinière (aujourd’hui rue La Boétie).
À la mort de son père en 1828, il s’établit définitivement en Europe de l’Ouest. Il revient le plus rarement possible en Russie mais cette attitude lui aliène le tsar Nicolas Ier.
En juin 1837, il organise une expédition scientifique en Russie du Sud et en Crimée. Il en confie la direction scientifique à Frédéric Le Play. Elle comprend vingt-deux savants, écrivains et artistes français dont Auguste Raffet, Louis-Auguste de Sainson et le critique Jules Janin. Ces trois derniers deviennent ses amis.
Le résultat de cette expédition, qui coûte la somme très élevée de 500 000 francs, est publié sous le titre Voyage dans la Russie méridionale et la Crimée (4 vol., 1838-1848), avec 100 lithographies originales de Raffet.
Puis il finance un nouveau voyage en Russie : celui d’André Durand pour relever des paysages. Ces derniers sont publiés sous le titre Voyage pittoresque et archéologique en Russie (1839). En 1840, il publie dans Le Journal des débats une série d’articles sur la Russie, qui seront réunis en volume sous le titre Lettres sur l’Empire de Russie (1840). Il veut ainsi combattre certaines idées reçues des Français à l’encontre de la Russie. Néanmoins, ces comptes rendus irritent le tsar Nicolas Ier par leur description du système féodal russe.
En 1839, grand admirateur de Napoléon Ier, Jules Janin l’introduit dans le cercle de Jérôme Bonaparte, impécunieux ex-roi de Westphalie, qui vit en exil à la Villa di Quarto à Florence (Italie).
Avec lui, il projette d‘épouser sa fille unique, la princesse Mathilde Bonaparte. On convient que celle-ci recevra une dot de 290 000 francs, dont 50 000 francs en bijoux et 240 000 francs en argent, mais payables « à tempérament ». Quant aux bijoux, il accepte de les acheter à Jérôme, perpétuellement à court d’argent, pour un million de francs, de sorte qu’il paye la dot de sa femme et bien au-delà.
En outre, par décret du 20 octobre 1840, le grand-duc de Toscane le fait « prince de San Donato », afin de permettre à la princesse de conserver son titre, non reconnu en Russie, mais ensuite approuvé par le roi d’Italie. Le grand-duc le récompense ainsi d’avoir fondé une fabrique de soie à San Donato.
Le mariage a lieu à Rome, le 1er novembre 1840. En mars 1841, le couple se rend à Saint-Pétersbourg. Le 17 août 1841, il arrive à Paris, où il réside à l’hôtel Demidoff, 109, rue Saint-Dominique jusqu’en juin 1842. Il séjourne ensuite une année à Saint-Pétersbourg avant de s’installer près de Florence, à la villa San Donato.
Rapidement, les relations entre les deux époux se détériorent. La princesse prend un amant, le comte Émilien de Nieuwerkerke, et le prince une maîtresse, Valentine de Sainte-Aldegonde, duchesse de Dino. Mathilde fait une scène violente à cette dernière au cours d’un bal. Ceci lui vaut en retour, de la part de son mari, une paire de gifles administrées en public.
En septembre 1846, Mathilde s’enfuit pour Paris pour se réfugier auprès de Nieuwerkerke, en emportant les bijoux de sa dot. Malgré cela, le tribunal de Saint-Pétersbourg condamne Demidoff à verser à Mathilde une pension de 200 000 roubles par an. En 1847, une décision personnelle du tsar Nicolas Ier autorise les époux à se séparer.
En 1847, Demidoff entreprend un voyage en Espagne avec Raffet, dont il publie le compte-rendu sous le titre Étapes maritimes sur les côtes d’Espagne (1858).
Par ailleurs, il augmente considérablement la collection d’art rassemblée par son père à la Villa San Donato. Il s’intéresse notamment à la peinture romantique. En 1833, il avait acquis La Mort de Poussin de François Marius Granet. En 1834, il acquiert Le Supplice de Jane Grey de Paul Delaroche. Il commande des tableaux à Eugène Delacroix et des aquarelles à Richard Parkes Bonington et à Théodore Géricault.
Vers 1850, il commande à Ferdinand Barbedienne une réplique partielle des secondes portes en bronze doré du Baptistère de Florence par Lorenzo Ghiberti (1401).
D’autre part, il s’efforce de réparer les dégâts que la séparation avec Mathilde a infligés à sa position sociale. Il multiplie les donations à des œuvres charitables. Il crée des hôpitaux, des orphelinats et des écoles. Puis il met sur pied un comité international pour porter secours aux prisonniers de la guerre de Crimée (1853-1856).
Enfin, il donne un million de roubles pour le financement de la guerre. Alexandre II le récompense alors en le nommant chambellan et conseiller d’État.
En 1860, il fit partie, avec le duc de Morny et le docteur Oliffe, du consortium d’investisseurs qui fonde la station balnéaire de Deauville.
Par ailleurs, il a un fils naturel avec sa maîtresse Fanny de la Rochefoucauld. Enfin, il a aussi d’autres maîtresses, dont Maria Kalergis, l’actrice Augustine Duverger et Céline Montaland, vedette de la Comédie-Française, avec laquelle il a trois enfants naturels, Gabriel, Gontran et Haydée.
Il meurt le 29 avril 1870 d’une congestion pulmonaire à son hôtel de la rue Saint-Dominique, à Paris. Il rejoint alors son père, Nicolas Demidoff, comte de San Donato (1773-1851) et sa mère, la baronne Elisabeth Alexandrovna Demidoff, née Stroganoff (1779-1818). Son ami, le dessinateur Louis Auguste de Sainson (1800-1874), le rejoindra le 7 novembre 1874.
Son neveu et héritier Paul Pavlovitch disperse ses collections dans des ventes publiques à Paris en 1863, 1870 et en 1881. Ce dernier démembre l’immense domaine foncier qui entourait la villa. Il disperse aussi une collection de plantes rares, créée en 1850 à Vienne par Carl von Hugel.
Sources : Wikipedia. Date de création : 2026-05-25.
