ROTHSCHILD Edmond James de (1845-1934)
France

Une des figures de proue du sionisme

Le baron Edmond James de Rothschild nait à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 19 août 1845. C’est le cadet du baron James de Rothschild, fondateur de la « branche de Paris » de la maison de banque, et de Betty von Rothschild. Il sert dans la Garde nationale pendant la guerre de 1870. Ses parents s’arrangent pour le fiancer à sa cousine Marguerite de Rothschild, mais elle refuse pour épouser le duc de Guiche. Il épouse donc, en 1877, sa cousine Adelheid von Rothschild (connue comme Adélaïde) (1853-1935), de la branche de Naples. Ils auront trois enfants : James Armand Edmond, dit « Jimmy » (1878-1957), Maurice (1881-1957) et Miriam-Alexandrine (1884-1965), collectionneuse d’art impressionniste et post-impressionniste.

Edmond de Rothschild, qui ne prend pas une part active au développement de la maison de banque familiale, est avant tout un des plus grands collectionneurs de son temps et un mécène. Ami d’Ernest Hébert, Jean-Jacques Henner, Aimé Morot, Eugène Guillaume et Léon Bonnat, il réunit une célèbre collection de boîtes en or et de miniatures (dont son fils aîné héritera t qui est aujourd’hui conservée à Waddesdon Manor, Grande-Bretagne). Membre du Conseil des Musées, il fait don au musée du Louvre du célèbre trésor d’argenterie de 110 pièces trouvé en 1895 à Boscoreale, près de Pompéi. Il est également un mécène pour certains musées de province et de Paris.

En 1907, par exemple, il participe financièrement à la fondation de la Société des Amis du Muséum national d’Histoire naturelle. En 1902, il fait don au Muséum national d’histoire naturelle, de quelques spécimens fossiles destinés à la « Vitrine des grands carnassiers », de nos jours encore exposés dans la galerie de paléontologie. Avec son frère Gustave, il finance les fouilles de Milet, Didymes, Tralles et Magnésie, effectuées en 1873 en Turquie. Il finance également les fouilles de Charles-Simon Clermont-Ganneau en Égypte, d’Eustache de Lorey en Syrie et de Raymond Weyl en Palestine. Il offre un ensemble rare de manuscrits et d’autographes à la Bibliothèque Nationale, ce qui lui vaut d’être élu membre libre de l’Académie des beaux-arts au fauteuil d’Henri Bouchot (1906).

Il offre aussi d’autres manuscrits au Metropolitan Museum of Art (New-York), au Getty Museum (Los-Angeles), au musée d’Israël à Jérusalem. À sa mort ses héritiers font don au musée du Louvre d’un ensemble de 3 000 dessins du XVIIIe siècle et de 43 000 estampes anciennes, dont un magnifique fond d’eaux-fortes. Membre de la Société des Amis des Sciences, il contribue à la création de l’Institut de biologie physico-chimique (1927), de l’Institut Henri Poincaré et de la Maison de l’Institut de France à Londres (1919), et finance également la Casa de Velázquez à Madrid.

L’engagement sioniste

À partir de 1882, il se met à acheter des terres en Palestine et devient un des soutiens les plus actifs du sionisme, finançant le premier établissement à Rishon LeZion. Il est un des hommes clefs de la réussite de la première Aliyah sioniste. En 1899, il transfère 25 000 hectares de terres agricoles palestiniennes, ainsi que les colonies qui s’y trouvent, à la Jewish Colonization Association, puis continue à la soutenir financièrement. Contrairement aux autres Rothschild, il attache une grande importance à cette entreprise et fait cinq voyages en Palestine (mai 1887, printemps 1893, février 1899, février 1914, mai 1925) pour y suivre de façon paternaliste le développement de ses « colonies ». Il développe, en particulier, la colonie de Zikhron Yaakov ainsi nommée en « souvenir » de son père Jacob (James).

Il aide les juifs de Russie, chassés par les pogroms, à créer des vignobles autour du mont Carmel mais échoue à développer, comme à Grasse, l’industrie du parfum. En 1924, il crée la Palestine Jewish Colonization Association (PICA), qui acquiert plus de 50 000 hectares de terrain. On estime qu’il dépense plus de 50 millions de dollars dans ces entreprises. Il meurt à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 2 novembre 1934. En avril 1954, sa dépouille et celle de sa femme sont exhumées et transportées en Israël sur une frégate militaire. À Haïfa, le navire est salué par des sirènes et des coups de canon. Des funérailles nationales ont lieu au cours desquelles l’ancien Premier ministre David Ben Gourion lit l’éloge funèbre. Edmond de Rothschild et sa femme sont inhumés au Mémorial de Ramat Hanadiv.

Sa résidence

En 1876, Edmond de Rothschild, à 32 ans, acquiert aux héritiers de Michaela Almonaster y Rojas (1795-1874), épouse en 1811 de son cousin le baron Célestin Delfau de Pontalba (1791-1878), l’hôtel de Pontalba, 41, rue du Faubourg-Saint-Honoré (aujourd’hui résidence de l’ambassadeur des États-Unis), que celle-ci a acquis en juin 1836 et fait démolir en 1839 (sauf une partie de la loge du gardien, XVIIIe siècle) pour être reconstruit par Louis Visconti. Elle y avait fait réutiliser des éléments architecturaux (frontons) et décoratifs – panneaux laqués provenant du « salon chinois » (1723) de l’ex-hôtel du Maine puis d’Avray – de demeures menacées de destruction.

Edmond fait presque entièrement remodeler et agrandir l’hôtel par Félix Langlais, qui change la façade à colonnes et, côté jardin, ajoute deux ailes symétriques, élève la toiture, et y fait remonter des boiseries de 1740 provenant de l’ancien hôtel Samuel Bernard, situé 46 rue du Bac détruit lors du percement du boulevard Saint-Germain par Haussmann (celles-ci seront déposées en 1948 puis offertes au musée d’Israël), ainsi qu’une partie de l’important ensemble des boiseries de l’hôtel Peyrenc de Moras (aujourd’hui musée Rodin), acquis par les Rothschild. Un fumoir, aménagé en 1890 dans le goût orientaliste d’après un projet de l’architecte Ambroise Baudry (frère du peintre Paul Baudry), accueille d’importantes collections d’art décoratif islamique.

En 1935, le projet de son fils Maurice, qui en a hérité, de l’agrandir par une galerie-salle de bal, reste sans suite. En 1937, l’hôtel est partiellement vidé de ses très riches collections (dessins et estampes léguées au musée du Louvre), et deux ans plus tard Hermann Goering, chef de l’aviation nazie, y installe le siège de son ministère ; les œuvres d’art qui s’y trouvaient encore sont saisies et inventoriées. En 1945, l’hôtel démeublé est loué à la British Royal Air Force, puis en 1948, dépouillé de ses parquets et boiseries – celles de l’ex-hôtel Bernard sont remplacées par des copies en stuc -, balustrades en fer forgé et rampes d’escaliers… est  vendu au gouvernement des États-Unis, qui y met ses bureaux jusqu’en 1966 avant d’en faire, après restauration (1967-1969), la résidence officielle de son ambassadeur en France.

Un amateur passionné de jardins

À Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Edmond possède le château Rothschild de style Louis XIV, reconstruit en 1855 pour son père. Il y apparaît dans Les Jardins de la fortune de Marcel Gaucher (1985), fils du nouveau régisseur du parc en 1924. Le 4 juillet 1925, il y prie Georges Clemenceau, amateur et collectionneur d’art asiatique, qui évoque brièvement le jardin disparu.

Extrait (d’une lettre à Marguerite Baldensperger, 5/07/1925, in Lettres à une amie, Gallimard, 1970, p. 173) :

« Un parc éblouissant de fraîcheur par l’effet des pluies. Un jardin japonais comme il n’y en a pas peut-être au Japon […] . Le maître de maison m’a rapporté de Rhodes les photos d’une statue que j’admire beaucoup moins que lui. Les convives partis, nous allons nous asseoir au fond d’une maison japonaise et nous parlons à tort et à travers ».

Il détient également le château d’Arminvilliers à Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne), ancienne propriété des Pereire, édifié de 1880 à 1900 dans le style anglo-normand par Félix Langlais et Émile Ullmann sur un terrain acquis en 1877 d’Auguste Stanislas Marie Mathieu de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville (1822-1887). Avec le domaine de Ferrières contigu, autre propriété Rothschild, cela représente 7 000 hectares, soit la superficie de Paris ! Le parc, « particulièrement imposant et luxueux » à son époque, dû à Laîné – qui travaille aux jardins de Vaux-le-Vicomte pour les Sommier, nécessite d’immenses travaux de terrassement et de vallonnement.

Ainsi il faut 100 ouvriers pour construire les berges et l’entourage de l’étang, créé pour attirer les canards sauvages et qui est resté le plus vaste de la Brie (80 hectares). Les arbres y sont disposés avec soin, des sequoias géants de Californie aux longues avenues de peupliers, selon leurs formes et couleurs, afin de créer une œuvre d’art dont l’entretien exige 40 personnes. L’herbe y est tondue en vagues semi-circulaires pour suivre les contours de la façade du château. En 1997, le domaine appartient au roi du Maroc.

Sources : Wikipedia. Date de création : 2017-06-09.

Photos

Monument

  • avenue Rachel, 1ère ligne, cénotaphe, transféré au Mémorial de Ramat Hanadiv en Israël

La chapelle (cénotaphe) contient les restes du fondateur de la dynastie, le baron Jacob, dit James, de Rothschild (1792-1868), banquier, du fils de celui ci, le baron Alphonse de Rothschild (1827-1905), banquier, du fils de ce dernier, le baron Édouard Alphonse James de Rothschild (1868-1949), banquier, et de sa fille, Béatrice Ephrussi, née de Rothschild (1864-1934), la propriétaire de la Villa Ephrussi au Cap Ferrat, ainsi que de du baron Arthur de Rothschild (1851-1903), homme de lettres.

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Date de la dernière mise à jour : 9 février 2021