MAYER LA MARTINIERE Constance (1775-1821)
France

Autoportrait - Bibliothèque Marmottan, Paris

(Marie-Françoise) Constance Mayer La Martinière, voit le jour le 9 mars 1775 à Chauny (Aisne). Fruit d’une liaison adultérine, son père la reconnait lors de son mariage avec sa mère, après la mort de sa première femme. La jeune Constance vit sa prime enfance dans la boutique de sa mère, rue de l’Arbre-sec, à Paris. Pierre Mayer la fait admettre dans un couvent parisien où elle demeure probablement jusqu’en 1789.

Elle y reçoit une éducation distinguée, celle d’une jeune fille de bonne condition.

« Mademoiselle Mayer, écrit un contemporain qui l’a croisée, a été élevée avec beaucoup de distinction. On s’en aperçoit aisément à ses façons élégantes, à ses tournures de phrases et à certains détails de prononciations qui n’ont rien de commun. Elle a la répartie fine et sa conversation est assez spirituelle pour qu’un célèbre diplomate (Talleyrand) y trouvât beaucoup de charme. Lorsqu’il venait poser chez Prud’hon, qui a fait plusieurs portraits de lui, il priait instamment l’artiste de retenir Mademoiselle Mayer, se plaignant de la discrétion qui la faisait s’éloigner et qu’il traitait de sauvagerie. »

Elle sait l’anglais et apprend la musique. Mais c’est le dessin qui lui plait par-dessus tout. Elle s’y exerce à la pierre noire et au pastel avant de se mettre à la peinture. Cet art est sa passion. Sa famille maternelle, les Lenoir, qui comptent quelques portraitistes distingués, l’encourage. D’un talent prometteur, Constance Mayer est admise dans l’atelier de Joseph Benoît Suvée, le célèbre antagoniste de Jacques Louis David.

Puis elle présente plusieurs de ses œuvres à l’Exposition de la Jeunesse, en juin 1791, à l’hôtel Lubert, rue de Cléry. Après trois ans années de bonheur, la mère de Constance meurt soudain le 30 octobre 1793. Pierre Mayer ne se remaria pas. Il se fait discret sous la Terreur. Joseph Benoît Suvée échappe de peu à une condamnation à mort et part en Italie. Constance rejoint alors l’atelier de Jean Baptiste Greuze, rue de Orties, où les jeunes filles sont nombreuses.

Elle demeure fidèle à Greuze. Néanmoins, elle a commencé à travailler avec Pierre Paul Prud’hon, lui-même ami et compatriote bourguignon de Greuze. En 1798, Constance, maintenant âgée de vingt-quatre ans, prend un logement autonome au Palais-Royal où elle demeura jusqu’en 1801. Elle apprend beaucoup au contact de Prud’hon. Au Salon de 1802, elle expose un très beau tableau titré Une mère et ses enfants au tombeau de leur père et lui rendant hommage.

En 1804, elle présente un nouveau tableau en grand format, remarqué, et qui, encore une fois, est donné contre toute évidence au talent de Prud’hon : le Mépris des Richesses. Les années 1805-1807 sont une époque faste pour Constance. Son amour pour Prud’hon, qui est devenu son amant passionné, la comble, tout comme le succès de ses premiers tableaux d’histoire.

On commence à parler d’elle comme peintre d’histoire et non plus seulement de portraits. Or à l’époque il y a très peu de femmes à se revendiquer comme peintre d’histoire. Au Salon de 1806, Constance présente à nouveau un grand format, Vénus et l’Amour endormis caressés et réveillés par les Zéphirs, ou Le sommeil de Vénus.

À la demande de Joséphine de Beauharnais à qui l’œuvre a plu, la couronne l’acquiert, en 1808. C’est sa consécration ! En 1809, la mort brutale de son père renversé par une charrette dans une rue étroite, la bouleverse. Elle renforce encore sa passion pour Prud’hon qui devient son unique raison de vivre.

Désormais, elle est à la tête d’une fortune coquette dont elle peut disposer à sa guise. Elle décide de la consacrer à son ami très cher et à ses enfants. En effet, ceux ci font face, depuis des années, à de gros soucis financiers. En 1810, elle les rejoint donc à la Sorbonne. Elle y est mieux à même de s’occuper de cette famille qui devient un peu la sienne, malgré l’animosité des enfants de Prud’hon qui voient en elle une intruse.

Prud’hon lui écrit :

« Toi seule comble tous mes désirs, s’agit-il de talent, de gloire et de bonheur, je ne vois que toi, je ne sens que toi. Tu es également le but où s’élèvent les rêves brillants de mon imagination, et la source délicieuse et pure où s’étanche la soif toujours renaissante de ma tendresse. »

Cette grande proximité avec Prud’hon amène certains critiques à voir la main de Prud’hon dans chacune de ses productions. Ainsi Vivant Denon dit d’elle :

« Cet artiste féminin, quoiqu’elle ait déjà fait un charmant tableau, tient encore trop de son maître pour qu’on puisse savoir si elle a un talent à elle ».

On évoque souvent l’amour de Prud’hon pour Constance à travers un portrait qu’il a fait d’elle (dessin au Musée du Louvre). En 1812, elle présente un de ses chefs-d’œuvre, Une jeune Naïade voulant éloigner d’elle une troupe d’Amours qui cherchent à la troubler dans sa retraite.

Le tableau est très remarqué au Salon par son originalité, sa qualité et le fait que son auteur est une femme. Au Salon de 1819, Constance présente Le rêve du bonheur, remarqué par Louis XVIII qui en fait l’acquisition. Cette composition résume ses aspirations immenses au bonheur qui, croit-elle, veut la fuir.

Cette œuvre révèle l’immense talent de Constance Mayer. Elle s’est dégagée de l’influence de son compagnon. Elle explore désormais des zones poétiques voire fantastiques qui annoncent la peinture symboliste. Minée par la dépression, elle continue à faire bonne figure auprès des siens et de ses élèves. Mais elle parvient de mois en moins à masquer ses angoisses.

Elle redoute qu’un déménagement de Prud’hon de la Sorbonne ne l’éloigne définitivement d’elle. Son amant n’est ni veuf ni divorcé et une légitimation de leur liaison est toujours impossible. Constance redoute maintenant de se trouver en difficulté après avoir consacré toutes ses économies à la carrière de Prud’hon et à l’entretien de sa famille.

Le capital que lui a légué son père est largement entamé. Ces soucis qui s’ajoutent à d’autres augmentent ses tourments intérieurs. Le 28 mai 1821, Constance, épuisée par les nuits sans sommeil et par l’angoisse, se suicide dans sa chambre. Elle se tranche la gorge avec le rasoir de son amant. Ce drame émeut beaucoup. Quelques années après la mort de Prud’hon, Eugène Devéria propose une version de la scène du suicide. Celle ci est publiée en 1831 dans la revue l’Artiste.

Sources : Wikipedia. Date de création : 2014-02-03.

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Date de la dernière mise à jour : 29 avril 2021