LEFEVRE Robert (1755-1830)
France

Robert (Jacques François Faust) Lefebvre voit le jour à Bayeux (Calvados), au n° 3 de la rue Franche, le 24 septembre 1755. C’est le fils de Jacques Lefèvre, marchand drapier et de Suzanne Françoise Marguerite Decrot, son épouse. Malgré un talent précoce pour le dessin, son père le destine au barreau. Il le place à Caen, chez un procureur.

Il fait donc ses premiers croquis sur les dossiers de procédure. Ceux ci représentent, le plus souvent, des plaideurs suppliants ou désespérés, devant leurs avocats ou leurs juges. En 1773, à dix-huit ans, avec quelques économies, il fait le voyage à pied jusqu’à Paris. Il veut y admirer les œuvres des grands maîtres.

Revenu ensuite à Caen, il abandonne définitivement le droit, pour se consacrer à la peinture, sa passion. Pour son barbier, il peint une enseigne représentant des ciseaux et des rasoirs placés en sautoir. Plus tard, il dira que les grands succès qu’il a obtenus à différents salons lui ont été moins doux que les cris d’admiration des inconnus devant son enseigne.

Ses premières réalisations sont les décorations et les portraits de deux appartements du château d’Airel, près de Saint-Lô. Sa rémunération lui permet de revenir à Paris, en 1784. Là, Jean-Baptiste Regnault, peintre du roi, l’admet dans son atelier et lui dit :

« «Je vous apprendrai le dessin, mais non à peindre, car votre coloris est celui de la nature dont vous paraissez être l’élève» ».

Dans cet atelier, il se lie d’amitié avec Pierre Guérin, Carle Vernet, Bertin et Van Daël. Pour la première fois, il expose au Salon de 1791, avec notamment une «jeune personne en Bacchante» (Musée baron Gérard à Bayeux), pour laquelle on écrit :

«On dirait que cet aimable peintre a dérobé aux Grâces leurs coloris» ».

Au Salon de 1795, il présente «Vénus désarmant l’Amour» (Fontainebleau) et une œuvre de style troubadour, «Héloïse en pleurs tenant une lettre d’Abélard». Au Salon de 1798, «L’Amour aiguisant ses flèches» obtient un prix d’encouragement.

J. Boze signe le tableau représentant Le général Bonaparte et le général Berthier à la bataille de Marengo, le 14 juin 1800 (exécuté en 1800-1801). Peu après son achèvement, celui ci l’emporte à Amsterdam et à Londres, pour l’exposer.

Ce qui entraîne immédiatement la réaction de Robert Lefèvre. Il publie un article, à la fois, dans le Journal des Arts et le Moniteur Universel (2-8 et 9 août 1801). Lefevre revendique la paternité du tableau, peint en collaboration avec Carle Vernet, pour les figures de l’arrière-plan. À l’analyse, les styles de Lefèvre et de Vernet sont bien reconnaissables : portraits de Bonaparte et de Berthier pour Lefèvre et les belles têtes des chevaux pour Vernet.

Le Musée Grévin achète ce tableau en 1898. Il le revend aux enchères à Paris, le 12 mars 2002. C’est la Fondation Napoléon qui l’acquiert pour la somme de 110 000 €.

En 1803, Vivant Denon lui commande un portrait du Premier Consul, pour l’hôtel de ville de Dunkerque. Celui ci a un grand succès. Tel qu’il est copié par Vien fils, pour l’hôtel de ville de Bruges et par Dabos, pour l’hôtel de ville de Paris (château de Versailles). Ensuite, grâce à Denon, directeur général des Musées, on lui commande quarante portraits de Napoléon.

Lefevre les exécute tous lui-même mais ils ne sont jamais exactement semblables. Napoléon est en grand costume du sacre ou en uniforme, lauré ou non, de face ou de trois quarts … Ces portraits sont destinés aux grands corps de l’État, aux grands dignitaires, aux villes impériales ou à l’étranger. Il y en a deux au Château de Versailles : l’un avec l’uniforme vert de colonel des chasseurs à cheval de la Garde, Salon de 1806, et l’autre avec l’uniforme bleu de colonel des grenadiers à pied de la Garde, Salon de 1812.

Napoléon apprécie les portraits de Lefèvre, il les trouve très ressemblants. Robert Lefèvre est aussi l’un des grands portraitistes de la famille impériale, de la cour, des grands dignitaires et de la haute société de l’empire. Il est véritablement l’iconographe officiel du Premier Empire. On a aussi l’Autoportrait de Robert Lefèvre (1810, Caen et Bayeux : lithographie 1818, Bayeux) ; le portrait de son épouse, une jolie femme (Bayeux) et de sa sœur (vente 4 décembre 1920).

Il a une facilité et une mémoire visuelle prodigieuses. Celle ci lui permettent d’obtenir une ressemblance parfaite sans avoir le modèle sous ses yeux. Ainsi, il se poste sur le passage du Premier Consul pour l’observer, afin de faire son portrait pour la ville de Dunkerque. De même, il réussit, en six heures, un portrait très ressemblant du pape Pie VII. David, pour le réaliser, avait demandé plusieurs séances de pose.

De son vivant, les portraits de Lefèvre sont, sur le plan du talent, comparés à ceux de Gérard et Gros. Par la suite, la postérité s’est montrée plus favorable à ces derniers. Quoi qu’il en soit, la réputation de Robert Lefèvre, à son époque, est considérable. Ainsi, Balzac, dans la Cousine Bette (1846), relate que :

« le portrait de Hulot, peint par Robert Lefèvre en 1810, dans l’uniforme de commissaire ordonnateur de la Garde impériale, s’étale au-dessus de la travailleuse », dans la chambre de Madame Hulot.

Sous la Restauration, la carrière de Robert Lefèvre se poursuit. Il est nommé peintre de la Chambre et de la Cour du Roi. Il peint un portrait de Louis XVIII (Salon 1814). Lefèvre vit à Paris, 3, quai d’Orsay (actuellement 1, quai Anatole France, VIIe arrondissement), à l’angle de la rue du Bac, où il a son atelier. Son appartement est luxueusement meublé, avec des meubles de Boulle et de riches collections de tableaux, dessins et miniatures.

Il donne des leçons suivies par les mondaines du faubourg Saint-Germain. Cependant, il a quelques élèves, dont Mlle Fanny Defermon. Ses rémunérations sont élevées : 12 000 francs pour un portrait impérial de grand apparat, 15 000 francs pour le portrait de Lebrun. A la fin de sa vie, Lefèvre se tourne vers la peinture religieuse : Assomption et Christ en croix (Salon 1827), Apothéose de Saint-Louis.

Il travaille à cette dernière œuvre lorsque survient la révolution de juillet 1830. Celle ci lui fait perdre ses appuis et ses fonctions officielles. Malade, déprimé, il se donne la mort, dans la nuit du 2 au 3 octobre 1830, en se coupant la gorge. Il a 75 ans.

Il a deux fils : Jules Robert, sous-lieutenant du génie, tué à la bataille de Leipzig, le 18 octobre 1813, et un second, militaire aussi, qui devient capitaine. Tous deux sont morts sans postérité.

Distinctions : chevalier de la Légion d’honneur (9 juin 1820).

Sources : Allégret (Marc) in Revue du souvenir Napoléonien n°445, février-mars 2003 ; Base Léonore (Légion d’honneur). Date de création : 2007-04-13.

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Monument

Inscriptions : ROBERT LEFEVRE premier peintre de la chambre et du cabinet du roi décédé en 1830.

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Date de la dernière mise à jour : 23 avril 2021