Abraham (Urievich ou Yurievich) Dobry voit le jour le 24 février 1866, à Pinsk (Biélorussie, alors en Russie). C’est le fils de Youdel Dobry et de Léa Schmenkler.
Il épouse Liebow Baratz. C’est un juif producteur de sucre et un banquier. Il devient directeur de la branche russe de la Banque du commerce extérieur à Kyiv et membre de la Commission des finances qui négocie un accord commercial entre l’Ukraine et l’Allemagne.
C’est aussi un membre du conseil d’administration de l’association panrusse des producteurs de sucre et directeur de l’association des sucreries d’Artemivsk, de l’association des sucreries Alexandre, de l’Association des sucreries de Kashperovsky, de la sucrerie de Koryukiv et de la sucrerie de Mezenivka. C’est, enfin, un citoyen d’honneur de Kyiv.
En 1916, on le soupçonne de collaboration avec les services secrets allemands. Le contre-espionnage militaire russe l’arrête pour l’affaire des « spéculateurs sur le sucre ». Mais l’intervention de Grigori Raspoutine permet sa libération.
Membre de la Commission financière ukraino-germano-austro-hongroise, il participe aux négociations d’un accord commercial entre la république populaire ukrainienne, l’Allemagne et l’empire austro-hongrois. Puis il coopère avec l’Allemagne, alliée de la république populaire ukrainienne en vertu du traité de Brest-Litovsk. Sa banque fournit des services aux troupes allemandes en Ukraine. Elle mène aussi des opérations spéculatives dans son propre intérêt et dans celui de ses clients allemands.
D’après les mémoires de Vladimir Orlov, l’un des initiateurs et falsificateurs de l’affaire des « spéculateurs sur le sucre », les opérations spéculatives visent à gonfler les prix des denrées alimentaires provoquant ainsi le mécontentement des citoyens.
Le 24 avril 1918, certains membres du gouvernement ukrainien s’unissent au sein d’une organisation secrète, le « Comité de libération ukrainien ». Ce comité enlève Abraham Dobry chez lui, alors même qu’aucun organe officiel du gouvernement n’avait décidé de l’arrêter. On l’emmène secrètement à Kharkiv où on le retient dans un hôtel. À la demande de ses ravisseurs, il signe un chèque de 100 000 roubles. Mais en soudoyant ses gardes, il peut informer les Allemands de son enlèvement et du lieu où il est détenu. Ceux ci le font libérer.
Cet incident entraîne l’intervention du commandement militaire allemand. Le 26 avril 1918, G. von Eichhorn signe un décret stipulant que certains délits commis sur le territoire ukrainien relèvent de la compétence des tribunaux militaires allemands. Les enquêteurs allemands qualifient l’incident d’enlèvement d’un homme riche contre rançon.
Le 19 mai 1918, le journal Kyivskaya Mysl publie le rapport officiel préliminaire de la Commission d’enquête allemande. Celui ci indique qu’Oleksandr Joukovski, ministre des affaires militaires d’Ukraine, et Mykhailo Tkachenko, secrétaire général du ministère de l’intérieur d’Ukraine, sont impliqués dans son enlèvement. Le principal instigateur de cet acte est Yu Gaevsky, directeur du département administratif et politique du ministère de l’intérieur.
Après le coup d’État de l’hetman en 1918, Abraham Dobry préside le Comité des finances du ministère des Finances de l’état ukrainien.
Il émigre ensuite à Paris, en 1920, où il devient un philanthrope renommé. Il préside notamment l’association pour le secours aux Juifs russes. Parallèlement, c’est un membre du Conseil de l’Union du commerce, de l’industrie et de la finance de Russie. Il meurt chez lui, 7 rue de Chaillot, à Paris (16ème), à l’âge de 70 ans, le 6 septembre 1936, et est inhumé le 8 septembre.
Merci à Valérie Lacinq pour son aide dans la rédaction de cette notice.
Sources : Archives départementales de la Seine (Registre des entrées du cimetière, Décès du 16ème). Date de création : 2024-01-30.
