BERNARD Claude (1813-1878)
France

Fondateur de la médecine expérimentale

Claude Bernard voit le jour le 12 juillet 1813 à Saint-Julien (Rhône) où son père est négociant en vin et propriétaire. Il étudie les rudiments du latin auprès du curé du village puis commence ses humanités chez les jésuites du collège Notre-Dame de Mongré de Villefranche-sur-Saône (Rhône) et les achève au collège de Thoissey (Ain).

Après un échec au baccalauréat, il rejoint en janvier 1832 un camarade à Lyon, et se place dans la même pharmacie que lui en tant que préparateur. Le manque d’efficacité de nombreux médicaments lui inspire du mépris pour l’art médical. Son esprit rigoureux s’accommode mal des à-peu-près de la pharmacologie de l’époque.

Il se met à écrire pendant son temps de travail, notamment un vaudeville Rose du Rhône qui sera joué à Lyon, mais qui lui vaudra l’ire du pharmacien qui met fin à son contrat en juillet 1833 lorsqu’il s’aperçoit que Claude travaille ensuite sur une deuxième pièce Arthur de Bretagne. Grâce au soutien de sa mère, Claude entre alors en contact avec le critique littéraire Saint-Marc Girardin. Celui ci lui fait prendre conscience qu’il ferait mieux d’abandonner l’écriture (il rêvait d’être un auteur dramatique) et de faire bien meilleur usage de ses compétences en se dirigeant vers la médecine.

Cette désillusion le motive pour repasser son baccalauréat qu’il obtient en 1834. Ses parents payent alors 1800 francs pour qu’il soit dispensé de service militaire. Cela lui laisse la voie libre pour entamer des études de médecine à Paris, mais il échoue à l’agrégation.

Il partage une colocation et la vie du Quartier latin avec ses camarades Charles Lasègue (futur éminent neurologue) et Casimir Davaine (qui sera à la base des premiers travaux de microbiologie). Claude Bernard vit modestement à Paris, tout en remboursant ses parents via des cours qu’il donne. Il est particulièrement excité par les cours de François Magendie au Collège de France. C’est vite un disciple de Pierre Rayer (dermatologue) et un ami de son ancien élève Émile Littré (futur linguiste).

Il passe son externat en 1839 et devient ensuite interne au service de Rayet, puis assistant de recherche de François Magendie. Son travail sur le suc gastrique et le glucose lui vaut une thèse de doctorat en 1843, mais sa vision iconoclaste et modernisatrice de la recherche en médecine ne lui permet pas de trouver un poste.

En 1845, il se marie avec Fanny Martin, fille d’un riche médecin. Ce mariage est arrangé par les amis de Claude Bernard qui s’inquiétaient qu’il ne trouve pas encore de situation stable. Il lui apporte les conditions matérielles pour se consacrer à ses travaux, mais il lui vaut aussi de nombreux désagréments. En effet, sa femme est une virulente activiste de la cause animale et de la SPA naissante, au moment même où Claude Bernard fait faire de gros progrès à la médecine via les expérimentations animales.

En sus de ces divergences de vue, leur mariage pâtit du décès de plusieurs enfants en bas âge ; il a deux filles qui atteignent l’âge adulte mais qui resteront célibataires, Claude Bernard n’a donc pas de descendant.

Ses travaux sont récompensés par trois prix en physiologie de l’Académie des sciences, (en 1845, 1849 et 1851). Il passe un deuxième doctorat (en sciences naturelles) en 1853 et devient professeur au Collège de France, est élu membre de l’Académie des Sciences en 1854 et est ensuite nommé à une chaire de physiologie générale à la Sorbonne, puis au Muséum national d’histoire naturelle.

Il reçoit un prix de l’Académie de médecine en 1861 et il est élu à l’Académie Française en 1868. Son grand ami Balzac admire son travail, qu’il suit avec attention. Bernard publie son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale en 1865. Cet ouvrage a des répercussions bien au-delà du cénacle médical. Il influence notamment Émile Zola, qui, dans son manifeste sur le naturalisme Le Roman expérimental, promeut la méthode expérimentale chère à Bernard.

Bernard devient professeur au Collège de France (1847 à 1878), professeur à la Sorbonne, professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Il est aussi sénateur du Second Empire (1869). En accord avec sa vision scientifique, pragmatique, philomathique et positiviste des faits, Claude Bernard se considéré d’ailleurs comme agnostique. Il décède le 10 février 1878 à Paris et a droit à des obsèques nationales.

Ses travaux

Claude Bernard découvre :

  • le rôle de la sécrétion pancréatique dans la digestion des graisses (1848),
  • le rôle du foie dans la sécrétion interne du glucose dans le sang (1848),
  • l’induction du diabète par piqûre au niveau du plancher du 4ème ventricule (1849),
  • l’augmentation de la température cutanée après section du nerf sympathique cervical (1851),
  • la libération de sucre par le foie lavé après excision (1855),
  • l’isolation du glycogène (1857),
  • la spécificité du curare dans la paralysie de jonction neuromusculaire (1856).

Il démontre également que le monoxyde de carbone bloque la respiration dans les érythrocytes (1857). Concernant l’induction du diabète par piqûre au travers du crâne du plancher du 4e ventricule par le « procédé de l’index », sa découverte est l’aboutissement de recherches liées à son hypothèse quant à une origine nerveuse du diabète. Il s’avère par la suite que l’hyperglycémie provoquée n’était pas durable, et qu’elle est la conséquence de la libération d’adrénaline liée à la stimulation du système nerveux sympathique.

Claude Bernard confie la garde de son laboratoire au Collège de France à Auguste Tripier, puis plus tard à Paul Bert. Auguste Tripier devient son préparateur dès 1854 et ils publieront ensemble le résultat de leurs travaux. Il crée, à partir de 1850, le concept fondamental de la biologie moderne de milieu intérieur. La constance de ce dernier, nommée plus tard homéostasie, est la condition de l’affranchissement des organismes évolués par rapport au milieu extérieur.

Dans un mémoire posthume sur la fermentation alcoolique, qui sera à l’origine d’une polémique entre Pasteur et Berthelot, il défend (contre Pasteur) la thèse du « ferment soluble », qui sera consacrée par la théorie des enzymes, mais va jusqu’à soutenir que la levure (vivante) est produite par le « ferment soluble » (non vivant), ce que les historiens des sciences considèrent comme une régression vers la génération spontanée.

Claude Bernard est considéré comme l’un des principaux fondateurs de la démarche expérimentale hypothético-déductive, formalisée souvent dans l’enseignement par « OHERIC » pour : Observation – Hypothèse – Expérience – Résultat – Interprétation – Conclusion.

Distinctions : prix de l’Académie des sciences (1854), prix de l’Académie de médecine (1861), membre étranger de la Royal Society (1864), membre de l’Académie royale danoise des sciences et des lettres, membre de l’Académie Française (1868), médaille Copley (1876).

Hommages : Une rue du Paris (9ème) porte son nom, ainsi que le lycée qui s’y trouve. Un musée lui est consacré dans son village natal, Saint-Julien (Rhône). Le syndrome de Claude Bernard-Hoer associe un ptosis de la paupière, un myosis et une énophtalmie.

Publications :

  • Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, Baillière (Paris), 1865 ;
  • Principes de médecine expérimentale, Émile Martinet éditeur, 1867, 160 p. ;
  • Recherches sur une nouvelle fonction du foie considéré comme organe producteur de matière sucré chez l’homme et les animaux, Paris, Martinet, 1853, 97 p. ;
  • Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine, 2 tomes, 1855-56 ;
  • Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses, 1857, 488 p. ;
  • Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, 1858, 560 p. ;
  • Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des différents liquides de l’organisme, 1859, 2 vol. ;
  • Leçons et expériences physiologiques sur la nutrition et le développement, 1860 ;
  • Leçon sur les propriétés des tissus vivants, 1866 ;
  • Rapport sur les progrès et la marche de physiologie générale en France, 1867 ;
  • Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinière, 1872 ;
  • Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux, 2 vol., 1878.
  • publications dans la Gazette médicale, dans les Comptes rendus de la Société de biologie et de l’Académie des sciences, dans la Revue des deux Mondes,
  • des mémoires ou articles sur les usages du pancréas, sur la fonction glycogénique du foie, sur le grand sympathique, sur la chaleur animale sur le cœur, sur la vie, etc.

Sources : Wikipedia. Claude Bernard (1889) par Léon Lhermitte. Date de création : 2015-03-31.

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Date de la dernière mise à jour : 1 septembre 2021