REGNAUD de SAINT JEAN d’ANGELY Laure (1776-1859)
France

portrait par François Gérard, 1798 - Musée du Louvre

Éléonore Françoise Augustine, dite Laure, Guesnon de Bonneuil, voit le jour en 1776. C’est la troisième fille de Nicolas Cyrille Guesnon de Bonneuil et de Michelle Sentuar, la nièce et filleule de Françoise Augustine Duval d’Eprémesnil. Elle est élevée à Versailles chez les dames Augustines mais sa mère l’emmène, de temps à autre, dans la société qu’elle fréquente. Ainsi, en 1788 chez Mme Vigée Le Brun où elle participe au célèbre « dîner grec » dont tout Paris entend parler.

Dans ses Mémoires, Élisabeth Vigée Le Brun raconte qu’elle l’habille avec sa fille Julie en vestale et qu’elles chantent merveilleusement. La jeune fille vit la Révolution à la campagne, à Saint-Leu-Taverny (Val-d’Oise), dans la propriété familiale de la Chaumette, qui appartient à sa cousine, Mme Hutot de Latour. Celle-ci accueille M. de Bonneuil et ses filles quand leur mère, Mme de Bonneuil, est arrêtée et détenue plus d’un an mise en prison, à cause de son dévouement exalté pour la cause des Bourbon.

En 1795, elle épouse Michel Regnaud de Saint-Jean d’Angély, brillant avocat doublé d’un journaliste et d’un homme d’affaires occupé à reconstituer sa fortune délabrée. Celui-ci se fait surtout connaître comme député à l’Assemblée constituante puis par sa participation aux tentatives des royalistes décidés à sauver Louis XVI par la corruption des Conventionnels avec l’argent de la cour d’Espagne. Très lié à André Chénier avec lequel il collabore au Journal de Paris, c’est sans doute par le poète qu’il a été mis en relation avec la famille de Mme de Bonneuil, la célèbre égérie d’André Chénier.

En 1796, la jeune Mme Regnaud accompagne son mari à Milan où ils voient régulièrement Napoléon et Joséphine mais également M. et Mme Hainguerlot, ou encore M. et Mme Hamelin. Cette dernière se lie d’amitié avec Laure Regnaud et elles posent l’une et l’autre pour le peintre italien Appiani qui se trouve à Milan où il peint également Joséphine. En 1799, tout Paris découvre au Salon de peinture qui se tient au Louvre le portrait de Mme Regnaud, peint par le baron Gérard dont la carrière mondaine est lancée à cette occasion.

Ce portrait révèle un visage de madone florentine, avec un mélange de douceur et de sensualité qui est la marque de séduction de Mme Regnaud, remarquable par la pureté classique de ses traits. Les hautes fonctions administratives de son mari, son rôle politique d’éminence discrète de Bonaparte puis de Napoléon empereur, amènent Mme Regnaud à former chez elle un salon politique et artistique qui est probablement le plus intéressant de la capitale.

Non seulement parce que tous les écrivains et les artistes les plus talentueux aiment s’y retrouver mais aussi parce que, d’un point de vue politique, ce salon est un compromis subtil des diverses appartenances politiques, bonapartistes, orléanistes et même légitimistes puisque de nombreux émigrés rentrés s’y pressent. Les étrangers à Paris, comme von Humboldt, et beaucoup d’autres personnages marquants de la diplomatie européenne fréquentent également ce salon qui, après le Marais et la rue de la Chaussée d’Antin, se tient dans l’hôtel Regnaud, rue de Provence face à l’hôtel Schwartzenberg (ex-de Montesson).

Celui-ci, lors d’un bal, est le théâtre en 1810 d’un terrible incendie dans lequel périssent de nombreuses personnes. La comtesse Regnaud crée chez elle une antenne de secours et se dépense sans compter pour les blessés. La beauté légendaire de Mme Regnaud et son esprit vif marquent ses contemporains. On lui prête des liaisons avec quelques personnages marquants dont un des frères de Napoléon ou encore un prince de Cobourg-Saxe, et cela déplait dans le cénacle bonapartiste où domine la pruderie petite bourgeoise des enrichis de la Révolution et de l’Empire.

Un jour, à la cour de Saint-Cloud, Napoléon lui demande en public : «Aimez-vous toujours les hommes, Mme Regnaud ?» «Oui, sire, lui répondit-elle du tac au tac, quand ils sont polis». La comtesse Regnaud est charitable et dévouée pour ses amis, entre autres Chateaubriand pour lequel elle s’entremet auprès de son mari et à qui elle évite sans doute la prison. Brillante cantatrice, elle cultive aussi l’art de la sculpture dans l’atelier qu’elle a aménagé dans sa résidence du Val à l’Isle-Adam, ancienne abbaye qu’elle est la première, dès 1808, à meubler dans le style gothique, contribuant ainsi à la vogue du néo-gothique qui se prolonge jusque sous la Restauration.

Elle est aussi une femme politique. Après que Bonaparte ait été déporté à Sainte-Hélène et que son mari se soit exilé aux États-Unis, elle s’implique fortement dans l’opposition bonapartiste sous la Restauration. Elle est arrêtée au prétexte d’une correspondance ayant offensé Louis XVIII et est envoyée le 7 mai 1817 à la prison de la Conciergerie. Sa mère cherche à lui éviter un procès et obtient l’appui de Mmes de Duras et de Jumilhac qui intercèdent en faveur de Mme Regnaud : celle-ci est seulement exilée de France. Réfugiée à Bruxelles en 1818, elle est accusée d’avoir financé un attentat contre lord Wellington.

Elle a beaucoup de difficulté à se disculper car il semble que cette affaire ait été montée par la police secrète qui visait à provoquer son expulsion de Belgique. Elle s’occupe alors de son mari, revenu des États-Unis en mauvaise santé, aidée de sa sœur Sophie et du mari de celle-ci, l’écrivain Antoine-Vincent Arnault. Rentrée en France en 1821, elle vécut au Val après la mort subite de son mari, le jour de leur rentrée en France.

Dans ses Enchantements, la fameuse Hortense Allart de Méritens qui vient souvent la voir révèle quelques traits de la personnalité forte de la comtesse Regnaud et son attachement indéfectible au Bonapartisme. Après la mort de l’Empereur, nouvelle qui la désole profondément, elle cofonde avec Mme Salvage de Faverolles le club bonapartiste féminin des Cotillons et elle publie plusieurs opuscules pro-bonapartistes.

Elle meurt le 8 février 1857, peu après avoir été invitée à une réception donnée aux Tuileries par Napoléon III en l’honneur de quelques dames du Premier Empire qui, à son exemple, n’avaient jamais cessé de maintenir vive la flamme bonapartiste. Elle repose avec son mari, l’académicien Michel Michel Louis Etienne, comte Regnaud de Saint-Jean d’Angely (1761-1819).

Publications :

  • Napoléon (Paris, 1851) ;
  • L’Empire (Paris, 1852) ;
  • La France est constante (Paris, 1858, publié post mortem).

Sources : Wikipedia. Date de création : 2019-04-11.

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Monument

La concession à perpétuité est entretenue gratuitement par la ville de Paris.

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Date de la dernière mise à jour : 16 février 2021