REDON DE BELLEVILLE Charles Godefroy (1748-1820)
France

portrait anonyme vers 1810 - Collection privée

Charles Godefroy Redon de Belleville nait à Thouars (Deux-Sèvres), le 2 janvier 1748. C’est le cadet des douze enfants de Joseph Redon de Beaupréau, procureur du duché de Thouars, et d’Anne Cocquart de Boisblanc. Il est le frère de Jean-Claude Redon de Beaupréau. Pour faire plaisir à son père, il vient étudier la médecine à Paris en 1766, puis à Montpellier en 1767. Il abandonne la médecine pour les études de droit.

Redon de Belleville travaille chez M. de La Balme, avocat au conseil, puis chez M. de La Guette, procureur au parlement. Il est ensuite l’un des secrétaires de Turgot au contrôle général, puis M. Necker le nomme sous-chef dans l’administration des Domaines en 1779, d’abord au bureau des archives, puis au contentieux. En 1780, il devient secrétaire de M. de Moreau de Beaumont, intendant général des finances.

En 1788, il a une violente altercation dans les coulisses de l’Opéra avec un très haut personnage qui fait lancer contre lui une lettre de cachet. Prévenu à temps, il part pour l’Italie. Il se rend à Florence où il est accueilli par le Grand-duc de Toscane qui l’admet dans ses conseils. Il veut retourner en France vers la fin de 1790, mais la felouque sur laquelle il est embarqué fait naufrage.

Redon de Belleville perd tout ce qu’il possède. Il doit s’arrêter à Gênes où il trouve un emploi chez les riches banquiers Cambiaso. De retour à Paris, il trouve ses parents et amis placés aux premiers rangs, soit dans l’Assemblée législative, soit dans le gouvernement, mais il se tient en dehors et s’occupe des domaines de la famille Cambiaso, en Normandie. La France ayant pris le nom de République, il est nécessaire de faire reconnaître ce nouveau gouvernement par les puissances étrangères.

Saint-Just, ministre des affaires étrangères, en charge Redon de Belleville, qui a appris l’italien pendant son séjour à Florence. On constitue une escadre et le ministre de la marine, Monge, fait le choix du capitaine Latouche. Belleville arrive devant Naples le 16 décembre et le contre-amiral Latouche l’envoie seul, sans escorte, porter une lettre au roi de Naples par laquelle il demande, au nom de la république française, de rappeler son ambassadeur à Constantinople qui a outragé la France, et d’envoyer un ambassadeur auprès de la République française.

Belleville se présente devant le roi, en habit de simple grenadier de la garde nationale parisienne, « armé seulement du courage d’un homme libre et d’un républicain». Ceci fait, Belleville se rend à Paris pour rendre compte à la Convention de sa mission. Il est reçu le 6 janvier 1793. Il prononce un beau discours auquel répond le président Treilhard :

« Le sang français a été épargné et l’honneur de la nation réparé ».

La Convention dépêche ensuite Belleville vers le Sénat de Venise et le Saint-Siège. Le Sénat refuse de l’entendre. À Rome, il a plusieurs conférences avec le pape Pie VI qui refuse de désavouer le clergé réfractaire français, et de reconnaître la République. Quand il revient à Paris en 1793, la plupart de ses amis ont péri dans les prisons ou sur l’échafaud, en particulier Saint-Just, avec lequel il n’a cessé de correspondre.

Cette correspondance tombe entre les mains de Robespierre. Ce dernier lui fait en plein comité de tels reproches que Belleville lui répond avec chaleur. Ses amis lui conseillent de fuir, et le chargent de monter des ateliers d’armes dans le midi, ce qu’il fait à Avignon. Le conventionnel Sauvé l’accuse alors et on le conduit à pied dans les prisons de Valence.

M. de Montalivet, maire de cette ville, en informe son frère Jean Claude Redon de Beaupréau, alors commissaire [ministre] chargé de la marine, qui réussit à le faire sortir de prison au bout de huit mois de captivité. De retour à Paris, il trouve un de ses amis, M. de Tilly, caché chez le docteur Mittié. Il fait connaissance de la nièce de ce dernier, Isabelle Baës, qu’il épouse le 30 novembre 1795.

Belleville est nommé par Bonaparte, consul à Livourne le 3 février 1796. Il reçoit le pape Pie VI, en route pour la France. En septembre 1797, il est nommé au consulat de Gênes, et concourt à l’expédition d’Égypte avec tant de zèle que Bonaparte, pendant son escale à Malte, lui adresse des témoignages flatteurs de satisfaction.

Extrait (de Napoléon, Correspondance générale, t. II, 205, p. 139, L 2512, 28 mai 1798) :

« Dès que nous aurons mis pied quelque part, je vous ferai part des besoins que nous pourrons avoir, et je ne doute pas que vous y pourvoirez avec ce zèle ardent qui vous caractérise et dont vous venez de nous donner des preuves dans l’embarquement qui a eu lieu à Gênes »

Il quitte Gênes la veille du blocus, pour donner au Directoire des indications précises sur la position de Masséna. Son épouse, restée à Gênes, avec sa fille Caroline, née le 19 septembre 1797, et son fils garçon Félix, né en décembre 1798, cherche à rentrer en France. Après l’entrée de l’armée autrichienne à Gênes, elle retrouve un oncle maternel, colonel dans l’armée ennemie, qui l’aide à fréter un bâtiment. Elle peut finalement débarquer à Cannes.

Elle y retrouve son mari et mets au monde à Grasse sa deuxième fille Adèle, le 12 août 1800. Bonaparte le nomme, le 27 octobre 1800, à Livourne commissaire général des relations commerciales en Italie, et chargé d’affaires en Toscane et dans tous les ports italiens entre La Spezia et Naples. Il passe ensuite commissaire général à Madrid, et demande son rappel en 1804.

Reçu, un jour, par Bonaparte à la Malmaison, celui ci lui demande, après plusieurs questions sur la situation de l’Espagne :

« Que dit-on de moi à la cour de Madrid ? On dit, répondit Belleville, que vous préparez un trône et que vous allez revêtir les ornements de la royauté. – Et que pensez-vous de ce projet ? Je pense que Washington n’a pas eu besoin de recourir aux vains prestiges d’une couronne, et que le premier des citoyens pourrait se dégrader en devenant le dernier des monarques ».

Bonaparte l’envoie ensuite comme préfet de la Loire-Inférieure le 25 février 1804. Le 10 décembre 1806, il est nommé intendant général du pays de Hanovre. Napoléon le nomme, le 10 juin 1810, intendant général en Illyrie. Le 20 juin, il est appelé au Conseil d’État en service extraordinaire. Belleville demande son rappel d’Illyrie pour raison de santé à la fin de 1811. Il revient au Conseil d’État en service ordinaire, près la section des Finances, le 8 octobre 1812.

Il est chargé alors des dépôts de mendicité qui se multipliaient en France assez inconsidérément. Le 5 avril 1813, il devient administrateur des Postes de l’Empire, place qu’il occupe jusqu’à sa mise à la retraite le 10 août 1816. Rallié aux Bourbons, il devient le 28 juin 1814 maître des requêtes de l’hôtel du roi Louis XVIII du 5 juillet 1814 au 24 mars 1815.

Il se retire dans son château de Bailly, à la limite du parc de Versailles, qu’il a acquis en 1818. Redon de Bellevillle y meurt le 10 avril 1820. Il a écrit ses Mémoires. Mais au moment de l’évasion du comte de La Valette en 1815, la police vient chez lui faire plusieurs perquisitions. Il brûle alors tous ses papiers qui auraient pu compromettre ses amis. Il a acheté en 1806 la grande ferme d’Aulnay de 196 hectares, ex bien national.

Publications : Plusieurs rapports, au Conseil d’État, sur les provinces illyriennes, aux Archives Nationales, cote BB 30 1145 à 1151.

Titres : baron de l’Empire (13 juillet 1810). Distinctions : commandeur de la Légion d’honneur (30 août 1816).

Sources : Notes et Correspondance du Baron Redon de Belleville, consul de la république française à Livourne et à Gênes du 17 pluviôse an IV au 21 fructidor an X. Réunies et mises en ordre par son petit-fils H. du Chanoy, avec une préface de M. Germain Bapst, et une Notice sur M. Redon de Belleville, rédigée en 1821 par M. Huët de Coëtlissan, Châteaudun, Paris, Pigelet-Techener, 1892, 2 vol. ; A. Sérieys (A.) Histoire de Marie-Charlotte-Louise, Reine des Deux-Siciles, Paris, Plancher, 1816 ; Arnault, (Antoine-Vincent) Jay (Antoine), Jouy (Étienne de), Marquet de Norvins (Jacques, baron de Montbreton) Biographie nouvelle des contemporains ou Dictionnaire historique raisonnée de tous les hommes qui, depuis la Révolution française, ont acquis de la célébrité soit par leurs actions, leurs écrits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France ou dans les pays étrangers, Paris, 1824, tome 2, p. 324-328 ; Henry Journal d’un marin (1792-1793), Nouvelle revue rétrospective, 10 mai 1897, p. 315-333 ; Vedel (Emile) L’ambassade du grenadier Belleville, in La Revue de Paris, 15 mai 1909, p. 356-376 ; Commandant Désiré Marie Un thouarsais oublié : Redon de Belleville, in Bulletin de la Société historique des Deux-Sèvres, 1957, p. 344-354 ; Pinaud (Pierre-François Pinaud) Les fournisseurs et le diplomate en Toscane pendant la Directoire : Flachet et Redon de Belleville, in Bulletin de la faculté de Lettres de Mulhouse, 1995, n°19, p. 86-102 ; Drago (Roland), Imbert (Jean), Tulard (Jean), Monnier (François) Dictionnaire biographique des membres du Conseil d’État, 1799-2002, Paris, Arthème Fayard, 2004, p. 110-111 ; Robert (Adolphe), Bourloton (Edgar), Cougny (Gaston) Dictionnaire des parlementaires français, 1789 1891, Bourloton éditeur, Paris, 1891 ; Base Léonore (Légion d’honneur), Wikipedia. Date de création : 2014-02-06.

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Monument

Inscriptions :

Charles Godefroy REDON Baron de BELLEVILLE commandeur L.H. Consul, Préfet, Intendant Général des Postes, THOUARS 1748 – BAILLY 1820

bon citoyen, bon père, ami sincère, sa femme et ses enfants inconsolables ont érigé ce simple monument à sa mémoire.

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Date de la dernière mise à jour : 9 mai 2021