MIRKINE-GUETZEVITCH Boris (1892-1955)
Russie

Juriste et professeur de droit

Boris Mirkine-Guetzévitch voit le jour à Kiev (Ukraine) le 1er janvier 1892. Étudiant à Petrograd, il participe au mouvement universitaire qui réclame l’institution en Russie d’un régime libéral. En 1916, la publication d’un article qui déplait au Pouvoir lui vaut d’être condamné à la déportation en Sibérie ; une sanction qui sera finalement levée. Il devient agrégé de droit international à la Faculté de Petrograd en 1917 où il commence son premier enseignement sur « l’histoire des traités internationaux de la Russie au XIXe et XXe siècles ». Le régime tsariste de Nicolas II vient de s’écrouler. Pour Mirkine-Guetzévitch, l’occasion est venue d’instaurer en Russie un régime démocratique de type occidental. Il y croit lorsque cette première Révolution russe entraîne la formation d’un « Gouvernement provisoire républicain » – en mars 1917 – qui annonce la réunion d’une assemblée constituante élue au suffrage universel, qui se prononce en faveur du droit de vote des femmes, de l’amnistie pour tous les prisonniers politiques, de l’indépendance de l’Église orthodoxe etc. Il semble que Mirkine ait alors sympathisé avec les sociaux-démocrates, les mencheviks, de la nuance Kerensky. Mais lorsque les bolcheviks l’emportent en octobre 1917, Mirkine comprend qu’avec l’exercice monopolistique du pouvoir qui s’installe, le régime des libertés est perdu.

Il ne se rallie pas au nouveau régime et se réfugie en 1919 à Odessa où il est le rédacteur en chef d’un journal qui combat le communisme (il écrit sous le nom de « Mirski »). Période d’exil Condamné à mort par les bolcheviks, il quitte Odessa en 1920 pour la France « emportant avec lui toute sa fortune dans deux valises, dont l’une au moins est remplie de livres et de manuscrits ». Il se fixe à Paris et entreprend d’y rebâtir son foyer. Mais il n’était pas un déraciné, diront ses proches, tant la France est devenue pour lui, depuis sa formation intellectuelle, sa véritable ou plutôt sa seule patrie.
D’après René Cassin, il a fait sienne la formule de Sully Prudhomme : « Plus je me sens français, plus je me sens humain ». Il obtient la nationalité française en 1933. Comme il n’a pas manqué de dénoncer les périls et les bassesses des doctrines nazies et qu’il est d’origine israélite russe, il figurait sur les listes noires de la Gestapo. Inéluctablement, sa présence sur le sol de la France occupée aurait signifié son immédiate déportation dans un camp de concentration.

Boris Mirkine-Guetzévitch connaît donc un second exil en 1940. Descendu à Toulouse après la défaite militaire, il prépare son départ pour l’Amérique. Mais c’est en vrai Français qu’il s’y installe, et c’est pour la France qu’il y œuvre. On en veut pour preuve sa large contribution à la création de l’École libre des hautes études de New York. Ainsi, espérait-il « faire comprendre à nos alliés hésitants que le vrai visage de la France n’a pas changé… ». À partir de 1945, il partage son temps entre l’Amérique, où il vit de novembre à avril, et la France où chaque année il revient en mai. La guerre n’a rien changé à son « extraordinaire dynamisme » témoigne Julien Laferrière ; il continue avec la même ferveur son activité scientifique jusqu’à sa mort en 1955. Boris Mirkine-Guetzévitch est le beau-père du diplomate Stéphane Hessel. Son œuvre de penseur constitutionnaliste: Contrairement à une idée répandue, on sait maintenant que B. Mirkine-Guetzévitch n’a jamais réellement adhéré au « parlementarisme rationalisé ». Une autre idée fausse consisterait à le cantonner dans un rôle de simple « éclaireur » du droit public comparé, tant son travail de mise au jour des constitutions étrangères est constant.

En réalité, ce labeur intense de compilation et de publication ne doit pas éclipser la pensée constitutionnelle propre à l’auteur. Sur bien des points, elle mériterait même de figurer en bonne place dans l’historiographie de la doctrine constitutionnelle française. Cette pensée a pris forme essentiellement dans deux directions : le droit constitutionnel et, dans une moindre mesure, le droit international. Sur un plan strictement constitutionnel tout d’abord, il peut apparaître, par sa volonté constante de repenser le parlementarisme, comme l’un des précurseurs d’une nouvelle théorie du régime parlementaire en passe de s’imposer aujourd’hui. Ensuite, s’agissant de la branche plus « internationaliste » de ses études, elle s’insère parfaitement dans le prolongement d’une vie faite d’exils et de voyages, et reflète aussi son penchant pour l’imbrication des disciplines. En fait, l’observation de ce qu’il nomme le « nouveau droit constitutionnel européen » (dans les États d’Europe centrale et orientale au lendemain de la Grande guerre) le persuade de la validité d’un nouveau principe : « l’unité du droit public ». Il décède à Paris (France) le 1er avril 1955 (à 73 ans).

Publications : Les Constitutions de l’Europe nouvelle de 1928 qui est réédité à dix reprises (très utile car le grand recueil Dareste sur toutes les Constitutions n’était plus à jour), le Droit constitutionnel international (Sirey, 1933), Les nouvelles tendances du droit constitutionnel (LGDJ, 1936), Les Constitutions européennes (en deux volumes, PUF, 1951) ou Les idées politiques et sociales de la Résistance (coécrit avec H. Michel, PUF, 1954).  Sources : Wikipedia. Date de création : 2017-08-21.

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Date de la dernière mise à jour : 3 mars 2021