JOUFFROY Alain (1928-2015)
France

Alain Jouffroy voit le jour le 11 septembre 1928, à Paris. C’est le fils de Charles Jouffroy et d’Inès née Martin des Pallières. Très jeune, il est marqué par le scandale Stavisky et la guerre civile espagnole de 1936 à laquelle il assiste par hasard.

Durant la seconde guerre mondiale, réfugié avec sa mère dans un village du Jura, il lit beaucoup et commence à peindre. Les œuvres d’André Breton, qu’il rencontre par hasard en 1946 au Grand Hôtel d’Angleterre de Huelgoat (Finistère), l’influencent profondément. Il devient, à l’instigation de celui-ci, membre du mouvement surréaliste. Il y rencontre le peintre Victor Brauner et les poètes Stanislas Rodanski, Sarane Alexandrian, Jean-Dominique Rey et Claude Tarnaud.

Breton l’exclue, dès 1948, du mouvement pour « travail fractionnel ». Henri Michaux et Francis Picabia lui font mesurer le caractère précieux pour son indépendance de cette exclusion. De là, il dégage une trajectoire originale, toujours tendue entre la tentation de l’action collective et celle de l’autonomie poétique. C’est ce qu’il conceptualise, ultérieurement, sous les appellations de « Société secrète de l’écriture » et d’« individualisme révolutionnaire ».

Les années 1950 voient ses travaux d’écrivain et de critique d’art connaître une première reconnaissance. Il collabore alors régulièrement aux magazines Arts et L’Œil. Il épouse alors l’artiste vénitienne Manina Tischler (1918-2010). L’assassinat de la fille de celle-ci, Nina Thoeren, et le suicide du poète et sculpteur Jean-Pierre Duprey, en 1959, le font méditer sur la tragédie dans la poésie et la vitalité du langage.

C’est au tournant des années 1960 que s’affirme pleinement son influence dans l’art d’avant-garde. Sa rencontre avec Marcel Duchamp et les débuts de sa longue amitié avec Daniel Pommereulle et Roberto Matta le marquent. Il organise, en 1960 et 1961, en compagnie de Jean-Jacques Lebel, les « Anti-Procès », manifestations contestant la validité de tout jugement. C’est alors un des premiers en France à introduire des artistes du pop art, et des poètes de la Beat Generation. Il fournit, en 1965, une anthologie de ces derniers.

Réconcilié avec André Breton, il contribue également à rendre accessible la poésie surréaliste dans la collection de poche Poésie qu’il fonde avec Antoine Gallimard. En 1965, il épouse Laetitia Ney d’Elchingen, arrière-petite-fille de Michel Ney, dont il divorcera en 1971.

En mai 1968, il déploie une grande activité au sein de l’Union des écrivains qu’il fonde avec Jean-Pierre Faye. C’est une première rupture dans sa Trajectoire (titre d’un poème qu’il publie, en février de la même année, en hommage à Régis Debray). Celle-ci lui ferme durablement les portes de l’intelligentsia parisienne et le rend à son indépendance. Alors proche de Louis Aragon qui lui confie, avec une grande liberté, des pages des Lettres Françaises, il défend les peintres de la Figuration narrative.

Il publie aussi un certain nombre de jeunes poètes qui se révéleront les plus importants de leur époque. Ce sont ceux du Manifeste électrique aux paupières de jupe, notamment Michel Bulteau et Matthieu Messagier, et ceux du Manifeste froid, comme Jean-Christophe Bailly et Serge Sautreau. Il fonde, avec eux, les éditions étrangères en association avec Christian Bourgois.

Alain Jouffroy fournit alors la part la plus significative de son œuvre, aussi bien en critique d’art (Les Pré-voyants, 1974) qu’en poésie (Dégradation générale, 1974 ; Eternité, zone tropicale, 1976). Il publie aussi des essais (De l’individualisme révolutionnaire, 1975, Le Gué, 1977) et un roman autobiographique (Le Roman vécu, 1978). Il s’éloigne de la revue Opus international qu’il a fondée, en 1968, avec Jean-Clarence Lambert. De 1974 à 1981, il dirige la revue XXe siècle.

Une seconde rupture intervient dans son œuvre et sa pensée au début des années 1980, au moment où il se sépare de sa troisième femme, l’actrice Adriana Bogdan. Il découvre et se passionne pour la civilisation extrême-orientale. Il devient conseiller culturel auprès de l’ambassade de France à Tokyo, de 1983 à 1985. Alain Jouffroy organise alors les deux premiers sommets culturels franco-japonais. Il y trouve surtout l’occasion de développer sa curiosité pour le bouddhisme zen.

Alain Jouffroy rencontre Fusako Hasae, qu’il épouse. Son souci d’efficacité du langage se trouve alors intensifié par celui d’un rapport non-virtuel au réel. Celui-ci nourrit sa préoccupation de l’indépendance créative des individus et s’exprime dans sa notion fondatrice d’Externet. À son retour en France, le milieu intellectuel le marginalise. il crée pourtant le Club avec Félix Guattari, société informelle groupant, entre 1987 et 1989, plusieurs dizaines d’artistes et écrivains. Il rencontre alors le peintre Christian Bouillé dont l’œuvre renouvelle son regard.

Depuis le début des années 1990, Alain Jouffroy crée des Posages, à la frontière du collage et du montage. Il entretient toujours un vif dialogue avec le monde extrême-oriental, où son œuvre est relayée par celle de ses amis Gôzô Yoshimasu et Makoto Ooka. Sa pensée est progressivement condensée en une méditation poétique héritière de Nietzsche et de Rimbaud. Il trouve également une nouvelle résonance dans la génération de jeunes écrivains, un temps regroupés dans le mouvement Avant Post.

Alain Joffroy décède le 20 décembre 2015, à Paris.

Sources : Wikipedia. Date de création : 2019-11-13.

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Monument

Inscriptions :

Alain JOUFFROY 11.09.1928 – 20.12.2015.
Il faut vivre son rêve en éveil.

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Date de la dernière mise à jour : 11 mars 2022