CLARKE Edgar, duc de FELTRE (1799-1852)
France

gravure d'après Paul Flandrin, 1852 - Château de Compiègne (Oise)

Edgar Clarke, duc de Feltre, voit le jour le 21 novembre 1799 à Neuwiller-lès-Saverne (Bas-Rhin). C’est le fils aîné de Henry Jacques Guillaume Clarke, maréchal-duc de Feltre, ministre de la Guerre. Edgar embrasse fort jeune la carrière des armes. Il passe d’abord par les écoles militaires. En 1815, il entre dans la compagnie écossaise des gardes du corps du roi, avec le grade de sous-lieutenant.

Il est ensuite officier de carabiniers, en 1823 capitaine au 4e régiment de cuirassiers, il fait la campagne d’Espagne. Il quitte le service militaire en 1829. Après la mort de son père (1818), il lui succède dans ses titres, et est appelé, par droit héréditaire, à lui succéder comme pair de France. Il prend part aux séances dès qu’il a l’âge requis (le 7 février 1825), et soutient de ses votes le gouvernement de la Restauration.

« On conçoit aisément, dit un biographe, que la révolution de 1830 et les premiers actes de la nouvelle royauté furent loin de satisfaire un homme qui, à l’exemple de son père, croyait sincèrement que le salut du pays est dans le dogme de la légitimité. » Il en résulte que, lorsqu’en 1832, le duc de Fitz-James et plusieurs autres pairs quittent la Chambre haute, le duc de Feltre se retire avec eux.

« Comme eux, il faisait à une conviction politique fermement établie le sacrifice de cette haute position qu’il n’avait conservée depuis 1830, que dans l’espoir de contribuer à empêcher quelques-uns des maux résultant de l’ébranlement du pouvoir et de l’effervescence populaire. Cette probité politique est d’autant plus honorable, qu’en renonçant à la pairie, il se privait d’une dotation qui constituait une part notable de sa fortune, assez modique en raison de son titre et des charges nombreuses que lui imposait sa bienfaisance. »

A partir de cette époque, il vit loin des agitations politiques, retiré, à la campagne ou dans son hôtel situé à l’extrémité du faubourg Saint-Germain. Sa mère et son frère Alphonse vivent avec lui. Il fait quelques voyages d’exploration artistique avec son frère dans le nord de l’Italie et l’Allemagne rhénane. Cette douce quiétude est cruellement troublée, en 1838, par la mort de sa mère.

Les sentiments d’affection et de dévouement réciproques des deux frères étouffent à l’avance tout germe de désharmonie qu’auraient pu faire naître, sur quelques points, la dissemblance de leurs caractères et les tendances divergentes de leur esprit. Le duc de Feltre est sérieux, mélancolique, souvent taciturne; son esprit est positif. Les lectures dont il s’est nourri ont eu pour but principal d’acquérir des connaissances pratiques qui lui permettent d’apporter dans les discussions et les votes de la Chambre des pairs un concours utile et consciencieux.

Très instruit en histoire, en géographie, en économie politique, il aime peu la littérature légère, dans laquelle il classe la poésie. Il n’a de sympathie et d’enthousiasme pour celle-ci que lorsqu’elle se traduit en objets d’art, peinture, sculpture, architecture. Elle trouve alors en lui un appréciateur éclairé, un admirateur sincère, qui lui-même sait manier un crayon.

Mais la poésie sous forme littéraire n’a guère de prise sur lui qu’à la condition d’être l’interprète de quelque sentiment noble et généreux, dont il entend l’écho dans son propre cœur. Quant à la musique, le duc de Feltre, qu’une chute de cheval a rendu un peu sourd, ne la subit qu’avec une résignation plus ou moins patiente. Le duc de Feltre est passionné pour les objets d’art.

Depuis longtemps, les deux frères ont convenu que celui d’entre eux qui survivrait à l’autre, léguerait à un Musée la collection de tableaux (Collection Clarke de Feltre) qu’ils avaient formée en commun, et dont ils voulaient éviter la dispersion, volonté qui a été réalisée en faveur de la ville de Nantes, par suite d’une disposition testamentaire du duc de Feltre. La collection est conservée par le Musée des Beaux-Arts de Nantes.

Sans union ni postérité, son titre ducal, éteint à sa mort en 1852, est relevé sous le Second Empire par son petit-neveu Charles Marie Michel de Goyon. Il décède le 29 mars 1852, à Paris. Il repose avec ses frères, Arthur, comte de Feltre Clarke (1802-1829), militaire, et Alphonse, comte de Feltre Clarke (1806-1850), compositeur.

Un grand merci à Thierry Franot pour sa participation à la rédaction de cette notice.

Sources : Robert (Adolphe), Bourloton (Edgar), Cougny (Gaston) Dictionnaire des parlementaires français, 1789 1891, Bourloton éditeur, Paris, 1891 ; Révérend (Albert) Armorial du Premier Empire : titres, majorats et armoiries concédés par Napoléon Ier, vol. 3, Paris, au bureau de L’Annuaire de la noblesse, 1894 ; Revue des provinces de l’Ouest, Bretagne Poitou et Anjou, 5e année, 1857 ; Saint-Georges (Henri) Notice historique sur le musée de peinture de Nantes d’après des documents officiels et inédits, Guéraud, 1858, 252 p. Date de création : 2011-12-04.

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Date de la dernière mise à jour : 28 février 2021