BOURGOIN Marie Thérèse Etiennette (1785-1833)
France

portrait de Marie Thérèse Bourgoin par Henri François Riesener, avant 1828 - Collection privée
Sociétaire de la Comédie Française

Marie Thérèse Etiennette Bourgoin voit le jour à Paris en 1785. Douée d’une charmante figure et d’une mémoire hors du commun, elle est destinée de bonne heure au théâtre, et à peine adolescente, elle est présentée à la célèbre tragédienne Dumesnil, qui l’accueille très bien, et lui fait réciter divers monologues et vers.

Elle n’a guère plus de quatorze ans lorsqu’elle débute, en 1799, au Théâtre Français, par les rôles d’Amélie de «Fénelon» et d’Agnès, de «l’Ecole des femmes» de Molière. Ce double essai est pour elle un double succès, qui s’accroit encore dans son second et troisième début au point que, dès le lendemain du dernier, elle est reçue à l’unanimité Sociétaire de la Comédie Française (1801).

L’engouement du public est dès lors, plus grand encore : dès ce moment, il voit en elle la plus jolie et la plus séduisante actrice de la capitale. Cet enthousiasme ne se maintient pas toujours au même degré. Tout en rendant justice au jeu décent et gracieux de la jeune et belle Zaïre, de la tendre Iphigénie, on s’aperçoit plus tard que ce jeu n’est pas, dans la tragédie, sans quelque froideur, comme sa diction sans un peu de monotonie.

Ses succès sont plus constants dans la comédie : les rôles de Roxane et de l’Hortense du «Florentin» font même penser aux connaisseurs qu’elle a méconnu sa vocation, et qu’en se consacrant à l’emploi des soubrettes, elle aurait pu doter la scène française d’une seconde Dangeville. Appelée en Russie par le directeur des Théâtres Impériaux, Bourgoin y fait, en 1809, un voyage très utile à sa fortune.

Après plusieurs représentations à Saint-Pétersbourg, elle revient en France, chargées de nombreux et riches témoignages de la satisfaction et de la munificence de l’Empereur Alexandre 1er et de sa cour. De retour à Paris, elle se livre avec plus d’ardeur aux études qui peuvent la perfectionner dans son art.

Le grand tragédien Talma, qui sait l’apprécier, lui prodigue ses conseils, ses leçons et le public ne tarde pas à s’en apercevoir, car les progrès de Melle Bourgoin sont sensibles, surtout dans les rôles d’Electre, de Clytemnestre et d’Andromaque, sous le rapport de la chaleur et de la sensibilité. Mais le décès de Talma est doublement fatal à Melle Bourgoin : elle perd en lui un maître habile et un protecteur dévoué.

Bientôt, l’arrivée d’un nouveau genre introduit au Théâtre-Français, pour lequel, avec bon nombre de ses camarades, elle a une profonde aversion, plus quelques intrigues de coulisses, l’obligent à demander sa retraite. Elle en conçoit un perpétuel chagrin qui s’aggrave. Il produit peut-être, la douloureuse maladie qui la conduit au tombeau :  «Ma retraite m’a tuée» dit-elle le jour de sa mort précoce. Elle s’éteint à Paris, le 11 août 1833.

Melle Bourgoin est surnommée « La Déesse de la joie et des plaisirs ». Elle est l’amie de l’empereur Napoléon, de Chaptal, du duc de Berry. Elle a un esprit naturel aussi vif qu’original, bien que son éducation ait été négligée, elle sait dans une grande réunion montrer le meilleur ton, se servir des expressions les mieux choisies. Mais au théâtre et dans l’intimité, c’est Sophie Arnould avec toute sa verve satirique ou graveleuse. Beaucoup de ses mots ont circulés dans le monde et sont restés dans la mémoire des amateurs.

Sources : Dictionnaire des célébrités, Paris, 1847. Date de création : 2008-02-16.

Monument

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Date de la dernière mise à jour : 24 février 2021