VANIER Raymond (1895-1965)
France

Pionnier de l'Aéropostale

Raymond Vanier voit le jour à Orléans (Loiret), le 6 août 1895. En 14-18, il est pilote de chasse. Il est engagé comme pilote aux Lignes Aériennes Latécoère le 3 juin 1919. Il est peu connu du grand public. Il est impossible de compter ses nombreux atterrissages de fortune. Lors du premier vol cent pour cent aérien entre la France et l’Amérique du Sud, c’est lui qui assure le relais entre Natal et Rio De Janeiro dans des conditions difficiles, de nuit, et dans de violents orages, alors que l’infrastructure radio est encore insuffisante et qu’il n’a pris aucun repos depuis trois jours du fait de l’accident ayant coûté la vie à l’équipage Elisée Negrin pilote, Prunetta radio navigant, et Julien Pranville directeur en Amérique du Sud, à proximité de Montevideo.

C’est un pionnier des lignes aériennes Latécoère (qui donnera naissance à l’Aéropostale).Cette compagnie a pour pilote, entre autres, Jean Mermoz et Antoine de Saint Exupéry. Le pilote Raymond Vannier inaugure le service de nuit d’Air Bleu. Son Caudron 449 Goéland a décollé devant un public très enthousiaste. Raymond Vanier, dans l’ombre de Didier Daurat, a été le Pilote qui a fait la plus longue carrière dans le transport du courrier, avant et après la deuxième guerre mondiale. Il est chef pilote à AIR BLEU en 1935. Il est le premier pilote des lignes aériennes postales de nuit. En 1948, il est responsable du département Postal de la Cie Air France. Il prend sa retraite en 1959. Il décède en 1965.

Extrait : Qui a été Raymond VANIER ?

« Mai 1930. L’idée d’un arrêt ne vient même pas à l’esprit de Vanier. La Ligne, c’est  » la ligne « , toujours inspirée et conduite par les maîtres mots : Aller, Voir et … Insister. Sur le terrain, au sol à Caravellas, le Laté-26 n’est pas encore équipé de la radio. Il tourne au ralenti, prêt à partir. Ce qui, courrier transféré, réduit le temps d’escale à moins de 5 minutes. Et au ras de l’eau, Vanier s’enfonce alors dans une nuit naissante, déjà obscurcie par les rouleaux sombres d’orages isolés. Après 02 h 40 d’une dure bataille, au cours de laquelle et parfois à quelques mètres, le pilote aura découpé les méandres d’une côte où seules apparaîtront çà et là les rares franges d’une écume phosphorescente souvent noyées de pluie dense, il apercevra alors le phare de Victoria dans une trouée.

Sous le hangar, à Victoria, le Laté-26 F-AIKY dispose des pleins complets. Récemment arrivé de Buenos-Aires par le jeu des courriers, il est équipé de la radio. Vanier n’hésite pas. Malgré une météo confirmée par Rio  » pluie torrentielle, visibilité nulle, orages ininterrompus  » il part. A défaut d’un spécialiste de La Ligne, il emmène Olivario Chagas, le radio brésilien attaché à la station de Victoria, dont ce sera le baptême d’étape ! Lièvre reste à Victoria et reviendra Rio par un prochain courrier.

Un violent grain s’abat sur le terrain. Sur ses deux magnétos, prudemment sélectionnés, le moteur 450 chevaux Renault donne son régime. Dans la pluie, l’eau et la boue collent aux roues, freinent le décollage, et leurs projections viennent frapper jusque dans les plans comme autant de coups de raquette. Mais Vanier arrache le F-AIKY du bourbier de Victoria. La nuit opaque a coulé sa teinte d’encre avec une densité qui semble lui conférer un volume. Dans ces conditions où l’instabilité domine, le pilote s’efforce à suivre une côte déchiquetée, hérissée de caps à angles aigus, ou le ciel, la terre, et l’eau confondus, s’émaillent parfois de la lueur diffuse d’une lampe de pêcheur fugitivement apparue, comme dans un aquarium.

Les orages se multiplient. Dans un roulement continu d’intensité variable qui se superposent par instants à celui du moteur, des éclairs éblouissant nappent de blanc les rafales de pluie qui s’abattent sur l’avion, et en ébranlent la structure, avec les effets d’un ressac. Vanier est littéralement inondé. Pour un radio d’essai, qu’il ne cherchait pas, Chagas se révèle, car la tornade est loin de l’épargner, et sur son émetteur comme à la canne d’antenne,  » l’humidité  » l’environne d’étincelles inattendues. Il apporte néanmoins l’aide la plus précieuse à Vanier, et à travers les épais rideaux des parasites atmosphériques, il réussit à capter quelques messages de Rio.

De Rio, où Marcel Reine attend pour prendre le relais en direction de Buenos-Aires. En urgence, Reine fait dire à Vanier qu’il pense l’arrivée impossible, car dans la pluie torrentielle et la visibilité pratiquement nulle, les orages embrasent tout le secteur. Venant de Reine, une telle indication pèse un poids exceptionnel. Mais Vanier est à 100 km de Rio. Il n’a plus l’autonomie pour retourner à Victoria. Et d’ailleurs, il n’y songe pas. Il faut qu’il arrive, ou bien…, ou bien…, comme il l’a dit lui-même. Il sait qu’au redouté Cap Frio, les repères sont coupés, et qu’avec un compas bien difficile à lire il devra faire un brusque changement de cap de 90 degrés sur la droite, pour retrouver la côte.

Dans la bourrasque, où semblent s’être donné rendez-vous toutes les cataractes du monde, l’appareil est violemment chahuté, et Chagas perd son antenne. Dans les remous, par crainte d’être éjecté, il se cramponne aux longerons. Mais le merveilleux 450 chevaux Renault tourne rond, et son chant d’orgue coule dans le tonnerre de la tempête. C’est aussi pourquoi Vanier arrivera. Vanier trouvera Rio. Parmi des alternances de déluges, il passera à travers les chicanes des pics et massifs dispersés sur cette région tourmentée.

Et lorsque peu après le milieu de la nuit locale, à l’issue de 16 h 40 de vol ininterrompu depuis Natal, il posera le Laté-26 dans la boue du Campo Dos Affonsos, il aura accompli une dernière étape de 04 h 30 depuis Victoria… Après coup, Vanier lui-même a dit sur cette étape Victoria-Rio : Avec la connaissance d’un tel temps, de nuit, responsable de La Ligne, j’aurais, du sol, donné l’ordre au pilote de faire demi-tour, ou de rester à Victoria. Didier Daurat dira : Raymond Vanier sauva l’honneur. »

Distinctions : chevalier (20 septembre 1923), officier (30 mars 1935), commandeur de la Légion d’honneur (19 décembre 1951), croix de guerre avec palmes, médaille militaire.

Sources : Base Léonore (Légion d’honneur). Date de création : 2007-01-06.

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Date de la dernière mise à jour : 10 février 2021