ROCHECHOUART Louis Victor Léon de (1788-1858)
France

gravure de 1898 par Heliog Dujardin dans Souvenirs sur la Révolution et l'Empire
Gouverneur militaire de Paris

Sa vie, riche en aventures, est un témoignage de la période agitée et épique que sont la Révolution et l’Empire pour les hommes qui les ont traversé. (Regis Dufour Forrestier)

Louis Victor Léon de Rochechouart voit le jour le 14 septembre 1788, à Paris. C’est le fils de Jules de Rochechouart et d’Elisabeth Armide Durey de Morsan. Promis par sa position de cadet à entrer dans les ordres, il doit fuir Paris en 1794, à l’âge de six ans, en raison de l’activisme de sa mère pour tenter de faire évader la reine Marie-Antoinette.

Poursuivi par les gendarmes venus arrêter la contre-révolutionnaire, il parvient à leur échapper avec son frère Louis et sa mère. Sa sœur Cornélie n’a pas cette chance : chassée de sa pension par les autorités, la fillette de 10 ans, livrée à elle-même, meurt d’épuisement après trois jours d’errance dans la capitale. Contrainte de quitter le pays, la comtesse de Rochechouart laissa ses deux jeunes fils en pension à Caen dans une maison de bains tenue par un couple qui exploite la situation.

Logés dans de terribles conditions, les deux frères, privés souvent de nourriture, deviennent leurs serviteurs. Au bout d’un an, ils sont retrouvés par une parente et libérés de cet esclavage. Ils se rendent en 1796 à Fribourg, en Suisse, où doit les rejoindre la comtesse de Rochechouart. Mais celle-ci, toujours en exil, en est empêchée. Les deux jeunes frères sont recueillis par un citoyen de la ville qui les héberge généreusement.

Lorsque les troupes françaises entrent dans Fribourg en 1798, ils doivent fuir à nouveau. Ils retrouvent finalement leur mère à Anvers qu’ils accompagnent tout au long de ses pérégrinations: Rotterdam, Londres, Hambourg… La comtesse, impliquée dans des complots visant à restaurer la monarchie y perd sa fortune et s’attire de nombreux ennuis politiques, l’obligeant à quitter ses pays d’accueil. Sans un sou, la mère et ses deux enfants, réfugiés en Allemagne, doivent confectionner et vendre des sacs pour survivre.

« Ce genre de vie me fait de biens tristes réflexions, confiera-t-il. C’est une terrible chose que la misère. Nul ne peut s’en faire une idée juste qui ne l’a pas souffert. Ce mal peut conduire à tout. » Âgé de 11 ans, Louis Victor Léon décide alors d’embarquer à Hambourg pour rejoindre le régiment des émigrés commandé par son oncle, le duc de Mortemart, au Portugal.

Après maintes péripéties, qui le mènent en Hollande, en Angleterre, en Espagne, il arrive finalement à Lisbonne en décembre 1800. Là, à 12 ans, il intègre le régiment de Mortemart, l’un des régiments émigrés montés après la déroute de l’armée de Condé en 1799. Progressivement, leur mission initiale – libérer la France de la révolution – se perd dans les besoins de la politique anglaise et le régiment de Mortemart se retrouve au Portugal pour soutenir l’armée portugaise sur ses frontières face à l’avancée des troupes françaises.

De Rochechouart participe en 1801 à la campagne de l’Alentejo. Après quinze jours de face-à-face près d’Abrantès, le régiment et l’armée portugaise d’un côté, les armées espagnoles et françaises de l’autre se retirent sans qu’un coup de feu soit tiré. La paix est signée à Madrid sous l’égide de Lucien Bonaparte. Entré comme enseigne, le comte de Rochechouart est sous-lieutenant lorsque le régiment est dissous en 1802. Âgé de 14 ans, il rentre à Paris, où, pendant deux ans, il dépense sa solde dans les plaisirs de la capitale.

En 1804, il entreprend de se rendre en Russie, où il avait retrouvé la trace de sa mère et de son frère. Sans argent, il voyage dans des conditions rocambolesques, finance en partie son périple en gagnant au casino de Milan, rencontre miraculeusement un parent à Vienne qui l’aide à rejoindre la Pologne où il retrouve sa mère en 1805. De là, ils rejoignent la Crimée.

Mais les retrouvailles sont de courte durée : la comtesse meurt quelques semaines plus tard. Louis Victor Léon est alors recueilli par son oncle le duc de Richelieu, gouverneur d’Odessa, dont il devient au fil des années le fils adoptif. Il entre dans l’armée russe avec le grade de sous-lieutenant et devient aide-de-camp du duc de Richelieu.

Il gravit les échelons devenant successivement lieutenant dans la Garde impériale, puis aide-de-camp de l’empereur Alexandre Ier. De 1805 à 1812, il participe à la conquête de la Bessarabie et de la Circassie, combat dans le Caucase et en Tchétchénie. Lorsqu’en 1812, la France envahit la Russie, il est mobilisé dans l’armée du général Tormassov. Il participe à la prise de Minsk, puis à la Bataille de la Bérézina, où il est témoin de la tragique traversée du fleuve par l’armée française.

Ainsi résume-t-il la campagne de Russie: « Le plan de Napoléon est admirable et digne de son génie. La réussite, selon toutes les probabilités humaines, en est infaillible. Les décrets seuls de la Fortune, en mettant en défaut toute prévoyance, ont pu accomplir ce grand désastre. » Nommé colonel puis général-major, il participe à la campagne d’Allemagne et aux batailles de Lützen, Dresde, Ulm et Leipzig. En septembre, il est envoyé en mission auprès de Bernadotte, roi de Suède pour le convaincre de se ranger du côté des Alliés.

Au début de l’année 1814, il franchit le Rhin avec l’armée russe, mettant ainsi le pied dans cette France qu’il n’a pas vue depuis dix ans. Il prend contact avec les futurs Louis XVIII et Charles X et participe à la création d’un parti royaliste. Son frère Louis, avec lequel il avait partagé de nombreuses épreuves, est tué à la Bataille de Brienne. Il devient alors le chef d’armes de la Maison de Rochechouart.

Il participe à la campagne de France, aux batailles d’Arcis-sur-Aube, de La Fère-Champenoise et à la Bataille de Paris. Nommé commandant de la place de Paris, il s’empare de l’Hotel de Ville le 31 mars. Face aux rumeurs de contre-attaque de Napoléon, il organise la défense de la ville. Puis face aux troubles provoqués par les troupes occupantes, il ramène l’ordre dans la capitale en mettant en place des troupes mixtes entre l’armée russe et la garde nationale. À l’arrivée de Louis XVIII, le 20 avril, le comte prend congé de l’armée russe pour se mettre à son service.

Il est lors nommé maréchal de camp par Louis XVIII et incorporé dans la compagnie des mousquetaires noirs. Lors des Cent-Jours, il accompagne le roi à Gand. De retour en France, il devient, à la Seconde Restauration, chef d’État-major du ministre de la guerre, auprès du duc de Feltre, puis du maréchal de Gouvion-Saint-Cyr, et à nouveau du duc de Feltre quand son père adoptif, le duc de Richelieu, est nommé premier ministre.

Le 16 octobre 1815, le comte de Rochechouart est nommé gouverneur militaire de Paris, un poste qu’il occupe jusqu’en 1821. En novembre 1815, il porte soutien au général Daumesnil, assiégé dans le Fort de Vincennes par les troupes prussiennes occupantes. Impressionné, lors de leur rencontre, par son courage et sa détermination, il intervient en sa faveur auprès du ministre.

En tant que commandant de la place de Paris, le général de Rochechouart est chargé d’une mission beaucoup plus douloureuse : l’organisation de l’exécution du maréchal Ney, une décision qu’il désapprouve. « Non seulement je fus forcé d’assister à sa mort, de plus mes devoirs m’obligèrent de faire exécuter l’arrêt de la Cour des Pairs à l’égard de cette injuste victime de nos réactions politiques ». Il place à la tête du peloton d’exécution un officier piémontais, évitant à un soldat français de porter le poids d’une telle charge.

Le général de Rochechouart accompagne les dernières heures de celui qu’il appelle le « Brave des braves », son surnom dans l’armée. Il en fait un émouvant récit dans ses Mémoires. « Voilà une grande leçon pour bien apprendre à mourir » écrit-il. En 1821, Le général est nommé gentilhomme de la chambre du roi et épouse Elisabeth Ouvrard, fille du banquier et homme d’affaires, Gabriel Julien Ouvrard, à la tête d’une immense fortune.

La cérémonie fastueuse se déroule le 13 décembre 1821, en présence notamment du roi Louis XVIII, des futurs Charles X et Louis-Philippe Ier, et du Premier ministre, le duc de Richelieu. Il est mis en disponibilité quelques jours plus tard. En 1826, il achète les châteaux de Jumilhac et de Rochechouart. En 1830, il participe à l’expédition d’Alger.

En 1855, le général de Rochechouart est nommé par Napoléon III maire de Jumilhac, où il s’était retiré. Il décède à Jumilhac-le-Grand (Dordogne), le 26 février 1858. Il a quatre enfants : Madeleine-Elisabeth-Gabrielle, marquise de la Garde (1822-1889) ; Valentine, comtesse de Montalembert (1825-1907) ; Aimery (1828-1897) et Louis-Jules (1830-1880). Il repose avec ses beaux-frères, le banquier de Napoléon, Gabriel Julien Ouvrard (1770-1846), et le député Julien, dit Jules, Ouvrard (1798-1861).

Publications : ses Mémoires, Souvenirs sur la Révolution et l’Empire (Plon, 1898 et 1933) (Un ouvrage très intéressant sur son époque. Le récit est riche d’anecdotes inédites sur la Révolution, les régiments émigrés, la Russie du début du XIXe siècle, et surtout sur les guerres napoléoniennes, les Cent Jours et la Restauration.) ; Histoire de la Maison de Rochechouart (Paris, 1859, 872 p.).

Distinctions : chevalier (18 mai 1820), officier (1 mai 1821), commandeur de la Légion d’honneur (26 avril 1856), chevalier de Saint-Louis (29 aout 1814).

Sources : Wikipedia ; Martin (Georges) Histoire et généalogie de la Maison de Rochechouart, 1990 ; Ortega (Pierre) Louis-Victor-Léon, Comte de Rochechouart, 2002 ; Wolf (Jacques) Le financier Ouvrard, Taillandier, 1992 ; d’Arlot de Saint-Saud (Aymar) Descendance du général Comte de Rochechouart, Bergerac, 1936 ; Base Léonore (Légion d’honneur). Date de création : 2108-09-14.

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Date de la dernière mise à jour : 8 avril 2021