RICHARD, Marthe CROMPTON, née BETENFELD, dite (1889-1982)
France

Celle qui fait fermer les maisons closes, dite Veuve qui clôt ( !)

Marthe Betenfeld, Mme Crompton, dite Marthe Richard, nait en 1889, le 15 avril, à Blâmont (Meurthe et Moselle). A Nancy, à l’âge de 14 ans, elle devient apprentie culottière. En 1905, elle figure au registre des prostituées. Elle contracte une maladie vénérienne, qui la force à aller à Paris, où elle exerce son industrie, rue Gaudot-de-Mauroy. Elle y rencontre en 1907, Henri Riché, riche industriel et mandataire aux halles qui l’épouse.

Son mari lui offre en 1912, un avion. Elle obtient son brevet de pilote en 1913. Elle prétend dans la presse de l’époque, avoir battu le record féminin du trajet Le Crotoy-Zurich. En fait, elle accompagne Poulet et ils ne dépassent pas la Bourgogne où ils démontent leur avion, l’emmènent par le train jusqu’aux environs de Zurich, où une fois remonté, il ne leur suffit plus que d’arriver en toute gloire. Le record est homologué. En 1914, elle participe à la fondation de l’Union Patriotique des Aviatrices Françaises.

Son mari décède en 1916, la laissant veuve de guerre. Elle devient la maîtresse d’un jeune anarchiste russe appartenant au deuxième bureau. Il en fait une espionne sous les ordres du capitaine Ledoux. Pour approcher l’attaché naval allemand à Madrid, un certain von Krohn, elle devient sa maîtresse. Mais, revenue en France, elle découvre qu’on a rayé son nom des services ainsi que celui de son chef, le capitaine Ledoux.

Thomas Crompton, directeur financier de la fondation Rockefeller l’épouse en 1926. C’est le mécène de la restauration du Petit Trianon. Elle mène alors la grande vie. Mais, son mari décède subitement à Genève en 1928. Le capitaine Ledoux sort de prison en 1930 puis il est rétabli au grade de commandant. Il publie ses « Mémoires » romancés et peu crédibles. Le volume sur Marthe pompeusement intitulé « Marthe Richard espionne au service de la France » n’est que pure invention et ne repose sur rien.

Marthe Richard réclame alors la moitié des droits d’auteur amassés, somme énorme pour l’époque. On lui conseille d’écrire ses propres mémoires. Sous le pseudonyme de Richard, elle publie un ouvrage qui obtient un grand succès. On en fera un film, en 1937, avec Edwige Feuillère, Ma vie d’espionne au service de la France. Elle devient une héroïne du jour au lendemain. Son amant d’alors n’est autre qu’Edouard Herriot, chef du gouvernement du moment.

Devant la pression de la presse et des médias, il obtient le 17 janvier 1933 la Légion d’honneur pour Mme veuve Crompton, dans la catégorie Affaires Etrangères. Pendant la seconde guerre mondiale, tout le monde admire son courage, aux yeux des allemands, elle ne représente rien, on se doute pourquoi. Elle se rapproche de certains membres de la Gestapo dont le gangster marseillais Spirito. En 1945, considérée comme héroïne des deux guerres (sic !), elle se fait élire conseillère dans le 4eme arrondissement de Paris, sur la liste de la Résistance Unifiée proche du MRP.

Elle est accusée de trafic d’influence. Elle aurait, en effet, demandé 300 000 francs pour la libération d’un condamné convaincu de trafic avec l’occupant. Mais son passé héroïque la sauve du boulet. Le MRP tente alors de légiférer contre la prostitution, malgré sa tentative avortée d’utiliser de son influence auprès des proxénètes pour le conseil municipal qui refuse tout net. Elle dépose le 13 décembre 1945, devant ce même conseil, un projet pour la fermeture des maisons closes (sic).

On vote sa proposition et le préfet Luizet décide de fermer toutes les maisons de la Seine dans les trois mois. Marthe Richard encouragée par ce succès mène une campagne de presse pour le vote d’une loi généralisant ces mesures. La loi est votée le 13 avril 1946. Le fichier national de la prostitution est détruit et 1400 maisons dites de tolérance sont fermées.

En 1948, on découvre subitement sa nationalité, par son mariage avec Mr Crompton, elle est anglaise, son élection est donc illégale ainsi que les votes auxquels elle a participé. Curieusement, l’affaire n’a jamais de suite ! Ses déboires continuent : le directeur du Crapouillot, Jean Galtier-Boissière, dénonce les fameux services à la Nation de Marthe Richard.

Puis c’est au tour de Jacques Delarue, inspecteur de la Sûreté Nationale, spécialiste des faux héros de guerre, qui enquête deux ans et l’accuse ensuite d’organisation de malfaiteurs, de vols de bijoux et de recel en juin 1954. Là encore, pas de suite, pas de poursuites. Quelques années après, elle fonde un prix de littérature érotique le Prix Tabou, elle publie plusieurs livres dont Appel des sexes, et donne des conférences sur sa vie d’espionne.

Marthe Richard décède à l’âge de 92 ans en 1982.

Distinctions : chevalier de la Légion d’honneur (17 janvier 1933).

Sources : Breton (Guy) Les beaux mensonges de l’Histoire, éditions du Pré aux Clercs, 1999, Base Léonore (Légion d’honneur). Date de création : 2006-02-09.

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Date de la dernière mise à jour : 16 août 2021