MERCOEUR Elisa (1809-1835)
France

gravure par Auguste Belin
Poétesse, « La muse armoricaine »

Elisa Mercœur voit le jour à Nantes (Loire-Atlantique), en 1809. Abandonnée à sa naissance, elle est recueillie et élevée par sa mère adoptive, appartenant à la bourgeoisie. Elle a la chance de pouvoir côtoyer toute la bonne société nantaise, très tôt les salons lui sont ouverts. On lui découvre de bonne heure un assez beau brin de plume, une jolie tournure de vers, un talent certain.

A l’âge de dix-huit ans, elle compose son premier ouvrage. C’est l’imprimeur Mellinet-Malassis qui s’offre pour l’éditer. Avec une souscription organisée dans les salons de la ville, on réunit une somme énorme pour l’époque de trois mille francs, ce qui couvre au-delà de toute espérance tous les frais d’impression et d’édition.

La préface de ce recueil est écrite par Méllinet-Malassis lui-même et le livre est dédié à Chateaubriand à qui la jeune fille adresse cette supplique invocatoire : «J’ai besoin faible enfant, qu’on veille à mon berceau. Et l’aigle peut, du moins, à l’ombre de son aile, protéger le timide oiseau».

Mais Chateaubriand lui répond qu’il ne prend personne sous son aile. Douche glacée pour notre poétesse, qui se met à pleurer, à compter de ce jour elle pleurera beaucoup et souvent. Malgré les louanges, les dons, l’assistance et les encouragements qu’on lui prodigue (et dont elle profite largement) elle ne cesse jamais de se plaindre et de pleurnicher, pourtant la duchesse de Berry et toutes les bonnes familles nantaises figurent parmi les généreux donateurs.

Une année après la publication de son recueil, la muse armoricaine décide de conquérir Paris. Elle s’y installe avec sa mère grâce à une pension que lui fait le ministre Martignac. Malheureusement pour elle, vient la révolution de 1830 : finie la pension, parti le ministre Martignac. Elisa se voit obligée de travailler de sa plume en prose pour des journaux et des almanachs dont le fameux «Journal des Demoiselles» si recherché par les amateurs de nos jours.

Grâce à Casimir Delavigne, tout puissant et célèbre auteur en vue, elle se voit octroyer une nouvelle pension de neuf cent francs, ce qui ne l’empêche point de se répandre en gémissements et en plaintes de toutes sortes. On la voit avec tout ce que Paris compte alors de célébrités, Dumas, Hugo entre autres. Elle inonde sous d’interminables poèmes toutes les personnes qui peuvent lui servir.

Elle a des velléités d’écriture théâtrale et écrit une tragédie, «Boabdil», qui est présentée et refusée au comité de lecture de la Comédie Française en 1831. Elle est piquée au cœur par ce refus qui anéantit tous ses espoirs de gloire et de fortune. Elle tombe malade, dépérit à vue d’œil et finit par rendre le dernier soupir dans les bras de sa mère le 7 janvier 1835. Qui résume le mieux la vie et l’œuvre d’Elisa Mercœur ?

Sans aucun doute le poème que lui dédie la délicate et sensible Rosemonde Gérard (1866-1953), poétesse, épouse du grand Edmond Rostand.

Extrait (de Rosemonde par Rosemonde Gérard, Les Muses Françaises, bibliothèque Charpentier, Paris, 1941) :

« Lamartine disait : « Cette petite fille nous dépassera tous tant que nous sommes … »
Quand le poète daigna, d’une âme si gentille,
Laisser tomber sur elle un pareil compliment,
Je m’imagine bien que tant de politesse exagérait un peu, ce soir-là…
Mais tant pis, J’aime mieux, pour juger la frêle poétesse,
M’en remettre à ces mots qu’à tout ce que je lis.
Au lieu de la revoir, plus tard, cherchant sans cesse
Des honneurs, des amis, du crédit, de l’argent,
Mécontente de tout : des salons, de la presse,
Des éditeurs ingrats et des lecteurs changeants,
Au lieu de la revoir, orgueilleuse et malade,
Et mourant de savoir qu’après tant d’insuccès
Son drame le meilleur, sur un Roi de Grenade,
Ne pourra pas entrer au Théâtre Français;
Au lieu de la revoir, misérable et transie,
Ecrivant sans relâche entre quatre murs froids,
Et comprenant enfin que toute poésie
N’est qu’un malheur de plus qui tremble au bout des doigts,
Je la revoie toujours dès que je la situe,
Dans un décor qui semble unique sous le ciel :
Il n’y a d’un côté que des fleurs éperdues,
Et de l’autre, on ne voit qu’un grand lac immortel.
Elle entre, elle sourit… son petit collier brille…
Elle a sa robe blanche et son cœur enfantin…
Et le poète dit : « Cette petite fille
Nous dépassera tous tant que nous sommes.
Rien Ne me fait oublier la sentence divine.
Et je verrai toujours, dans ce soir enchanteur
La fillette qu’on présentait à Lamartine :
« Cher Maître, elle a quinze ans. C’est Elisa Mercœur. »»

Extrait (de Lhomeau (Eric), Roberts (Karen) Elisa Mercœur – La muse armoricaine) :

« Ils retracent la courte vie de cette enfant trouvée dont le talent est salué par les plus grands poètes de son époque. L’idée de ce livre voit le jour à la suite d’une réflexion lâchée par un journaliste nantais comme quoi « Elisa Mercoeur est quelqu’un de mièvre ». Un jugement qui irrite profondément Éric Lhomeau.

« Quand on regarde les blogs des jeunes filles, on se rend compte que le poème Rêveries d’Elisa Mercoeur y est souvent cité. » – En fouillant dans les archives municipales de Nantes, Éric Lhomeau retrouve le billet d’abandon, le mot de papier que les mères glissaient dans les langes de leur enfant avant de le laisser sous un porche ou dans la rue.

Sur ce mot, sa mère a tracé d’une écriture fine qui laisse supposer une certaine éducation, les lettres d’Elisa. Le nom de Mercoeur lui est donné par l’hospice. « La mère est dentellière. On dit que le père pourrait être avocat, mais il n’existe aucune preuve.

La mère devait venir d’un milieu relativement aisé où l’on ne pouvait accepter les filles mères. » Elisa est envoyée chez une nourrice à Carquefou. À cette époque où l’on trouvait en moyenne un enfant abandonné par jour, les chances de survie étaient infimes.

Lamartine, Musset, Hugo, Chateaubriand… Mais en 1811, le 30 avril exactement, elle vient réclamer son enfant avec laquelle elle vivra au 30 de la rue du Calvaire. Elisa est précoce : « À 12 ans, elle passe une annonce pour donner des cours de français, de géographie et de mythologie. »

Elle publie son premier recueil de poésie à 18 ans. Puis, l’année suivante, monte à Paris pour faire éclater son talent. Là, elle est une habituée des salons littéraires et s’attire les louanges de Lamartine, Musset, Hugo, Chateaubriand. Elle se lie aussi d’amitié avec Mélanie Valdor et Mme Récamier.

Touchée par la phtisie, une maladie pulmonaire, elle s’éteint dans sa vingt-sixième année, rue du Bac à Paris, après avoir atteint la gloire mais jamais la fortune. En écrivant ce livre, qui reprend de nombreux poèmes d’Elisa Mercœur ainsi que Le double moi, un troublant conte fantastique, Éric Lhomeau n’avait d’autre but que de donner envie de lire Elisa Mercœur et de sensibiliser ses contemporains à la nécessité de sauver la tombe de la poétesse nantaise. »

Sources : Gérard (Rosemonde) Les Muses Françaises, bibliothèque Charpentier, Paris, 1941 ;  Lhomeau (Eric), Roberts (Karen) Elisa Mercœur – La muse armoricaine (1809-1835), Presse Océan 2008 ; Wikipedia. Date de création : 2005-10-29.

Photos

Monument

Le tombeau, qui a fait l’objet d’une restauration récente, porte sur ses côtés des strophes de ses poèmes.

Inscriptions (extraits) :

Qu’importe qu’en un jour on dépense une vie
Si on doit en aimant épuiser tout son cœur,
Et doucement penché sur la coupe remplie,
Si l’on doit y goûter le nectar du bonheur.  (extrait de Rêverie).

Déjà de frais lauriers ombragent sa carrière.
Mais ces jours si brillants devaient trop tôt finir.
Plus beau que le talent qui nous la rendait chère
Ce trait comme ses vers vivra dans l’avenir ;
Elle adorait, servait et nourrissait sa mère. (Mme la comtesse  d’Hautpoul).

Comme un enfant chéri pose-moi sur le bord :
Mon cœur ressemble au ciel quand il est sans nuage,
Il n’a pas un remords.

Au livre du destin s’il essayait de lire
L’homme verrait à peine une heure pour sourire,
Un siècle pour pleurer. (écrit à 16 ans)

Toi que dans cet instant on vient rendre à la terre,
Peut-être enviais-tu la paix du cimetière ?
Ah ! Tout est froid déjà, son cœur jadis brulant
N’a pas même un soupir, un léger battement,
Peut-être aussi la mort, achevant ton délire,
Sur ta bouche entr’ouverte a glacé le sourire ?
Le bonheur est-il donc où le cherche l’erreur ?
Quand l’âme fuit la terre, en rejetant son ombre,
C’est une étoile unie à des flambeaux sans nombre,
Mais dans la nuit du monde en voilant sa clarté
C’est un pâle rayon perçant l’obscurité ;
La nuit bientôt s’écoule, et d’un réveil tranquille
L’homme jouit enfin de ce dernier asile. (écrit à 16 ans)

Photos


Date de la dernière mise à jour : 30 mars 2021