LARDIN de MUSSET Paul Anatole (1848-1908)
France

Paul Anatole Lardin voit le jour le 11 septembre 1848 à Angers (Maine-et-Loire). Il est le fils de (Charlotte Amélie) Hermine de Musset, sœur cadette d’Alfred de Musset et qui sera l’héritière de ce dernier et gérera ses droits d’auteur. Paul Lardin de Musset n’a que neuf ans quand meurt Alfred de Musset. Mais il garde un souvenir admiratif de cet oncle un peu dandy qui venait volontiers à Angers chasser son spleen. À 19 ans, en 1867, Paul sollicite le droit et obtient d’ajouter à son patronyme, Lardin, celui de Musset. Dès lors, c’est lui, Paul Lardin de Musset, qui devient l’héritier du poète, dont il représente les droits jusqu’au moment où l’œuvre du poète tombe dans le domaine public, en 1907, la durée du droit d’auteur étant alors de 50 ans post mortem.

Après des études en droit, il est amené à combattre pendant la guerre de 1870. Il participe notamment à la défense de la capitale durant le siège de Paris. Il est ensuite avocat de 1871 à 1878. 1877 est une année décisive pour la troisième république, avec l’ouverture d’une crise le 16 mai 1877, qui se poursuit tout au long de l’année 1877 et trouve son épilogue que le 13 décembre 1877, lorsque Mac Mahon reconnaît sa défaite et appelle Jules Dufaure pour former un ministère républicain et de centre gauche. L’équilibre institutionnel demeure incertain jusqu’en 1879, « année cruciale de l’enracinement du régime républicain ».

Par engagement politique, Paul Lardin de Musset rentre dans l’administration préfectorale le 1er novembre 1878 comme conseiller de préfecture du Maine-et-Loire, conseil dont il devient le vice-président en mai 1881. Il est ensuite nommé successivement sous-préfet d’Ancenis, le 24 juillet 1883, secrétaire général d’Indre-et-Loire, le 19 décembre 1885, sous-préfet de Rambouillet, le 26 août 1887, et sous-préfet du Havre, le 12 février 1890. Il se distingue particulièrement au Havre par son action en 1892 contre une épidémie de choléra. Début 1893, il intervient avec succès pour faire cesser une grève des ouvriers de Lillebonne et concilier les partis, en obtenant des concessions pour les salariés. Il s’emploie également à renforcer la dynamique économique du territoire dont il a la charge, et s’investit ainsi pour le chantier naval du Havre.

Le 25 avril 1893, une de ses filles est choisie comme marraine d’une canonnière haïtienne, Capois-la-Mort, lancée au Havre. Lors du banquet, le sous-préfet remercie chaleureusement le gouvernement haïtien pour ses commandes. Il côtoie au Havre un député brillant, républicain modéré, appelé à un grand avenir politique, Félix Faure, dont il gagne l’amitié. Le 26 juin 1893, Charles Dupuy fait de lui le préfet des Ardennes, département caractérisé par une activité agricole dominante au sud de son territoire, et une activité industrielle au nord, qui provoque l’émergence des organisations syndicales au sein des entreprises textiles et métallurgiques. Le 24 février 1895, il participe aux obsèques d’une des figures du centre gauche républicain du département, Auguste Philippoteaux, avocat et député des Ardennes. Le préfet tient un des cordons du poêle, et prononce un éloge du défunt au nom du gouvernement.

Le 25 août 1895, il inaugure le nouvel hôtel de ville de Nouzonville (Ardennes), le précédent ayant été détruit durant la guerre de 1870. L’inauguration est marquée par des concours d’instructions militaires et de tir, mais aussi de gymnastique (discipline sportive émergente). Le préfet se montre particulièrement satisfait de l’accueil qui lui est fait dans cette cité ouvrière. Le 21 octobre 1895, il devient préfet de la Drôme. En août 1897, il accueille le président de la République, Félix Faure, à Valence, juste avant un voyage de ce dernier en Russie. Il lui fait bon accueil, aidé de la municipalité de la ville : inaugurations de monuments et banquet municipal de 400 couverts. Le 13 septembre 1897, Louis Barthou le désigne comme préfet du Gard, mais il reste peu de temps dans ce département, puisque moins d’un an plus tard, le 16 juillet 1898, Henri Brisson le nomme préfet d’Indre-et-Loire.

Deux faits significatifs marquent le climat de cette fin de siècle : l’affaire Dreyfus et l’opposition entre l’Église et les partisans d’une République laïque. Fin novembre 1902, un spectacle antimilitariste à Tours provoque la réaction de militaires présents dans la salle, suivie de bagarres, certains spectateurs entonnant l’internationale. Le préfet fait mener une enquête et transmet un rapport au ministère de La Défense. Quelques années plus tard, la séparation de l’Église et de l’État, et la querelle des inventaires, agitent davantage encore les populations. Ainsi, après des essais infructueux, Paul Lardin de Musset doit prendre en février 1906 un arrêté pour ordonner que l’inventaire de Saint-Martin-de-Tours soit fait, même par la force. Cet arrêté est exécuté : les portes de l’église sont enfoncées et les fonctionnaires procèdent à l’inventaire qui leur est demandé. Le 30 juillet 1906, Georges Clemenceau fait de Paul Lardin de Musset le préfet de la Loire, une terre de gauche où les résultats du Bloc des gauches sont mitigés.

Paul Lardin de Musset s’installe dans le nouvel hôtel de la préfecture de Saint-Étienne, construit en 1902, et proclame dès son arrivée son attachement aux institutions de la République et aux indispensables réformes sociales. Un an et quelques mois plus tard, Aristide Briand, alors ministre de l’instruction publique (mais dont la participation au gouvernement a fait débat dans les rangs socialistes et n’a pas été approuvée par Jean Jaurès), lui fait l’honneur d’une visite. Mais, il est confronté à un accident de travail aux Mines de Saint-Étienne, faisant 7 morts, en novembre 1907, et la Une de toute la presse. Ce drame secoue l’opinion, même si depuis le 9 avril 1898, la loi sur l’indemnisation des accidents du travail est instaurée. Paul Lardin de Musset montre son intérêt pour le secteur mutualiste, en pleine émergence, se déclarant, à l’occasion de l’inauguration d’une Maison de la Mutualité, « vieux et fidèle mutualiste ». Il décède le 28 mars 1908, en poste, des suites d’une pneumonie contractée pendant les opérations du conseil de révision. Il est inhumé le 1er avril 1908. Il repose avec sa mère, Hermine Lardin de Musset (1819-1905), derrière le tombeau de son oncle, Alfred de Musset.

Distinctions : chevalier (31 octobre 1892), officier (1 aout 1901) de la Légion d’honneur. Hommages : Une rue d’Angers porte le nom de Lardin de Musset.

Sources : Base Léonore (Légion d’honneur). Date de création : 2108-04-23.

Photos

Monument

Hermine et son fils Paul Anatole reposent sous une statue en marbre d’Hermine signée par François Léon Sicard, mais non datée.

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Date de la dernière mise à jour : 3 mars 2021