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Music Hall - Revue - Arts de la scène

WEBER Louise, dit La Goulue (1866-1929)

31eme division (1ere ligne, 13)
dimanche 9 novembre 2008.
 

Danseuse de French Cancan

La Goulue, de son vrai nom Louise Weber, voit le jour à Clichy-la-garenne le 13 juillet 1866, dans une famille juive d’Alsace. Sa mère tenait une blanchisserie à Clichy.

La petite histoire dit qu’elle empruntait les vêtements des clientes pour ses sorties. Dansant dans de petits bals de banlieue, Louise Weber devint rapidement grâce à son mentor, Charles Desteuque, une personnalité populaire, aimée à la fois pour ses dons de danseuse et pour sa charmante attitude pleine d’audace.

Elle fut aussi remarquée par un certain Goulu-Chilapane qui l’accueillit quelque temps dans son hôtel particulier de l’avenue du Bois (actuelle avenue Foch). Elle débuta comme actrice à l’hippodrome de l’Alma et passa dans une revue, au cirque Fernando. Grille d’égout, la danseuse-chorégraphe et Céleste Mogador, ancienne gloire des bals, lui prodiguèrent leçons et conseils et la firent débuter en tant que danseuse, à Montparnasse, au bal Bullier et à la Closerie des Lilas.

Despres, les frères Oller et Charles Zidler la lancèrent dans le cancan. Lorsqu’elle dansait le quadrille naturaliste, elle taquinait l’audience masculine par le tourbillon de ses jupes à volants relevés qui laissaient entrevoir sa culotte, et de la pointe du pied, elle faisait voler le chapeau d’un homme. Son premier mentor et son habitude de vider les verres des clients, tandis qu’elle passait à leurs tables, lui valut le surnom de « La Goulue ».

À Montmartre, elle rencontra Pierre-Auguste Renoir, qui l’introduisit dans un groupe de modèles qui gagnaient un supplément d’argent en posant pour des artistes et des photographes. Achille Delmaet, compagnon de Marie-Juliette Louvet, qui devint célèbre plus tard, fit de nombreux nus-photos de la Goulue.

En 1891, Louise fut prise en main par Charles Zidler et Joseph Oller qui ouvraient leur bal du Moulin Rouge, place Blanche, dès 1889. Louise fit la connaissance de Jules Étienne Edme Renaudin (1843-1907), une ex-célébrité de la danse devenu marchand de vins. Il dansait encore à ses moments libres sous le nom de scène de Valentin le Désossé. Ils dansaient le « chahut ». Les deux devinrent instantanément un "couple de danse" apprécié, mais c’est la Goulue qui vola la vedette avec sa conduite outrageusement captivante. En permanence en haut de l’affiche, elle fut synonyme de cancan et de Moulin Rouge.

En 1893, elle fut la première vedette à inaugurer la scène de l’Olympia, fondé par Joseph Oller. Elle est en quelque sorte la marraine de spectacle de toutes les stars qui mettront par la suite leurs pas dans les siens.

Au Jardin de Paris, elle apostropha le Prince de Galles, futur Edouard VII : « Hé, Galles ! Tu paies l’champagne ! C’est toi qui régales, ou c’est ta mère qui invite ? » Lorsqu’elle loua un somptueux hôtel particulier, avenue des Champs-Élysées, elle était la star la mieux payée de son époque.

Certains colportèrent qu’elle n’avait pas fait que lever la jambe au Moulin-Rouge. Elle devint l’un des sujets favoris de Toulouse-Lautrec, qui l’immortalisa dans ses portraits et ses affiches pour le Moulin Rouge, au côté de Valentin le Désossé.

La Goulue arrivant au Moulin RougeRiche et célèbre, en 1895 elle décida de quitter le Moulin Rouge et de se mettre à son compte dans les fêtes foraines, puis comme dompteuse. Le 6 avril, elle passa commande à son ami Lautrec de panneaux décoratifs pour orner sa baraque de danseuse orientale. En décembre 1895, elle accoucha d’un fils, Simon Victor, de père inconnu (« un prince », disait-elle...). Un modeste forain l’adopta et lui donna son nom. En 1898 elle se produit chez Adrien Pezon qui lui apprend à dresser les lions.

En 1900, à la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris, la Goulue épousa le magicien Joseph-Nicolas Droxler (né à Paris le 24 mars 1872, domicilié rue de Belfort à Paris). Il devint dompteur. Le couple habitait 112, boulevard Rochechouart (XVIIIe arrondissement).

Dans son habit de dompteuse, on la vit pimpante, allègre, mince, jusqu’en 1923. Elle réapparut même en qualité d’actrice dans des petits théâtres. José, dont elle s’était par ailleurs séparée, sans divorcer, mourut à la guerre de 1914. Et Simon-Victor Colle qui avait eu une liaison en 1914 avec une cuisinière d’origine Italienne, Adeline Perruquet, née à Chambave (Val d’Aoste) en 1884 (Marthe, née à Paris XVIIIe le 24 octobre 1914 fut le fruit de leur amour) Simon-Victor mourut, à l’âge de 27 ans, en 1923. La pauvre Louise ayant perdu son fils chéri, qu’elle surnommait « Bouton d’or », tomba dans la déchéance de l’alcoolisme.

Malade et bien loin de ses heures glorieuses, se laissant aller, bien qu’ayant encore des restes de fortune et étant l’amie de cœur de Rétoré, un chiffonnier-antiquaire, qui faisait des affaires aux marché aux puces de Saint-Ouen, près duquel elle vivait dans sa roulotte, revenant aux beaux jours, vers Montmartre. Elle possédait son logement pour l’hiver, Boulevard Rochechouart, contre le cabaret La Cigale.

La Goulue redevenue Madame Louise, entourée d’une cour de rejetés de la société, prostituées, homosexuels, recueillait les animaux de cirque malades et âgés ainsi qu’une multitude de chiens et de chats. Elle fut la première célébrité à s’intéresser à la cause des réprouvés et à celle des animaux.

Elle aimait flâner sur la Butte Montmartre en 1928 et dans les bistrots où tout le monde la connaissait. Pour le plaisir de rencontrer encore « le beau monde », elle allait devant l’entrée du Moulin Rouge, où se produisait Mistinguett, vendre des cacahuètes, des cigarettes et des allumettes. Elle signait ses photos à ceux qui la reconnaissaient. Mais presque personne ne reconnaissait la reine de Montmartre de jadis. Cette grosse femme qu’elle était devenue restait néanmoins Madame Louise, par son sourire, sa joie de vivre, une figure pittoresque et attachante de la butte. La « Miss », ainsi que Jean Gabin et Maurice Chevalier, la firent remonter plusieurs fois sur scène pour la présenter au public du Moulin Rouge. En 1928, Georges Lacombe la filma à l’improviste, habillée comme tous les jours, dans la "zone" (on peut d’ailleurs visionner la video sur internet). Elle est presque obèse et deja bien malade, mais on percoit malgre tout ce qui fit son charme, gestes et sourire.

Bonne fourchette et alerte buveuse, souffrant de rétention d’eau, La Goulue est décédée à l’hôpital Lariboisière le 29 janvier 1929. Quand elle mourut, elle était domiciliée à Saint-Ouen, dans sa roulotte située 59, rue des Entrepôts. Elle fut enterrée presque sans témoin, mais en présence de Pierre Lazareff, alors âgé de seize ans, et attaché à la direction artistique du Moulin-Rouge, au cimetière de Pantin. Grâce à son arrière-petit-fils Michel Souvais, elle fut exhumée en 1992, et le maire de Paris, Jacques Chirac, ordonna le transfert de ses cendres au cimetière de Montmartre. L’inauguration de son nouveau tombeau fut faite en grandes pompes, avec tous les honneurs des associations montmartroises, de la République de Montmartre, Paris-Montmartre et du Moulin Rouge. Le garde champêtre Anatole et sa compagne, Mick la cantinière, étaient présents, ainsi que Michel Souvais qui prononça l’oraison funèbre. Les fameux petits « poulbots », la chanteuse-danseuse LaToya Jackson, alors à l’affiche du fameux Moulin-Rouge, dirigé par Jacki Clérico, les télévisions et la presse internationale, ainsi que d’eminentes personnalites et deux mille personnes, assistaient à cette cérémonie.

«  C’est la Goulue qui inspira Lautrec ! » disait l’actrice Arletty, dont Michel Souvais était le secrétaire bénévole.

La Goulue est décédée le 29 janvier 1929.

Sources : Wiquipédia - Les Pégriots, Auguste Le Breton, 1973 et divers.

Crédit photos : Annie_photos (APPl 2008)

Affiche du Moulin Rouge : Moulin rouge - La Goulue par Toulouse-Lautrec,