ABRIAL André Joseph, comte (1750-1828)
France

Ministre de la Justice sous le Consulat

André Joseph, comte Abrial, voit le jour le 19 mars 1750, à Annonay (Ardèche). C’est le fils unique de Jean Pierre Abrial, maître chirurgien juré, et de Marie Christine Murol. Plusieurs membres de la famille Abrial rempliront d’importantes fonctions publiques sous le gouvernement consulaire et impérial.

Un de ses parents est nommé commissaire du gouvernement au tribunal du Puy (18 mai 1800) et un autre au tribunal de Lavaur (24 mai 1800). Un troisième, Barthélémy Abrial, vicaire général du diocèse du Puy, prête serment le 14 mai 1802, conformément au Concordat. Abrial étudie d’abord à l’abbaye-école de Sorèze. Puis il obtient une bourse au Collège d’Autun qui a été réuni à celui de Louis-le-Grand.

Il se distingue par d’excellentes études et intégre l’ordre des avocats. Après avoir été avocat au parlement, on l’admet dans les bureaux du duc d’Aiguillon, ministre des Affaires étrangères. Mais une sorte de bégaiement dont il est affecté lui rend la plaidoirie difficile. Par ailleurs, le coup d’État du chancelier Maupeou et l’exil des parlementaires en 1771 l’éloignent du barreau.

Il est chargé, la même année, par Maupéou, de la gestion d’un comptoir français au Sénégal. Obligé de revenir en France, après une maladie grave, il reprend l’exercice de sa profession en 1776 au Parlement de Paris. Dès les premiers jours de la Révolution de 1789, Abrial adopte les idées nouvelles.

Sa réputation de jurisconsulte assez connue, on le nomme, le 18 janvier 1791, lors de l’organisation des tribunaux, commissaire du roi au sixième arrondissement de Paris. Puis il passe rapidement, le 3 septembre 1791, au tribunal de cassation, où il succède à Hérault de Séchelles. Sa conduite et sa modestie le préservèrent durant cet intervalle des orages de la Révolution.

Il a soin de se renfermer dans le cercle de ses devoirs et de ne tenir d’autre langage que celui de la justice. Les directeurs le nomment à Naples, le 20 février 1799, commissaire civil pour organiser la République napolitaine. Il se lie intimement avec le général Macdonald et son administration est si sage que le roi des Deux-Siciles conserve à sa rentrée quelques-unes des améliorations apportées par Abrial.

À son retour de Naples, sa place de commissaire à la Cour de cassation est pourvue. Mais la démission volontaire de Jourde qui l’occupe, la rend vacante pour Abrial. À la même époque, il est commissaire près de l’administration du Prytanée français. Après le 18 brumaire, Bonaparte lui offre le ministère de la Justice, le 25 décembre 1799. Cette élévation est approuvée par tous les personnages qui se trouvent alors chargés de diriger le timon de l’État.

Le premier Consul, en confiant à Abrial le portefeuille de la justice, dit à ce magistrat qui obtient sa confiance :

« Monsieur, ce n’est pas moi, c’est la voie publique qui vous nomme ».

Ce n’est pas une sinécure que les fonctions de ministre sous Napoléon. Il faut réorganiser tous les corps judiciaires et suppléer par des consultations aux tribunaux en l’absence des Codes, tombés en prescription.

Abrial s’acquitte consciencieusement de ce devoir difficile. Il travaille à dissiper le désordre et la confusion qui règnent dans l’administration de la justice flottant entre les anciennes et les nouvelles lois. Avec discernement, il dirige, par de savantes circulaires, les tribunaux vers l’unité de la jurisprudence. Plus tard, il prend une grande part à l’élaboration du Code Napoléon.

Il s’emploie également, à faire rayer des noms sur la liste des Émigrés. C’est comme ministre de la Justice qu’il signe, le 19 mai 1802, le décret portant création de la Légion d’honneur. Lorsque, au mois de fructidor an XI, le ministère de la Justice change d’organisation, le premier Consul fait passer Abrial au Sénat conservateur (14 septembre 1802), et, le 5 vendémiaire an XII, l’investit de la sénatorerie de Grenoble.

En 1808, l’Empereur, reconnaissant son talent d’administrateur, l’envoie à Gênes et à Milan, pour y organiser la justice et introduire le Code Napoléon. Au retour de cette mission, en 1809, il fait partie de la commission nommée par le Sénat pour la surveillance de la liberté individuelle. Il épouse en juillet 1811, en secondes noces, sa cousine Marie Anne Rosalie Abrial. L’empereur signe son contrat de mariage. Celui ci le nomme, en janvier 1812, président du collège électoral du Cantal.

Il signe l’adresse envoyée par ce collège à Napoléon. Pendant tout l’Empire, Abrial fait partie de cette majorité du Sénat conservateur qui approuve toutes les mesures du maître. Mais cela ne l’empêche pas, en avril 1814, de voter, un des premiers, la déchéance de Napoléon.

Il a connu leur gouvernement. S’il aime l’Empereur qui est son bienfaiteur et qu’il apprécie personnellement, il n’aime pas le régime impérial. Le gouvernement personnel et militaire ne va pas avec son caractère de légiste. Louis XVIII récompense son vote en le comprenant sur la liste des pairs de France le 4 juin 1814. Mais Napoléon l’en écarte, à son retour de l’Île d’Elbe.

Parmi ses propositions, celle du 27 août 1814, pour la loi sur la presse, vise l’établissement de la censure pour deux ans. Abrial est un des membres ardents de la majorité royaliste. Son nom figure parmi les 139 membres de la Chambre haute qui votent la mort du maréchal Ney en 1815. De 1816 à 1820, il est membre d’un grand nombre de commissions et presque toujours chargé de leurs rapports.

Le 8 mars 1816, il dépose le rapport sur la suppression des pensions ecclésiastiques dont jouissent des prêtres mariés ou ayant renoncé à leur état en embrassant une profession incompatible avec le sacerdoce. Le comte Abrial combat vivement cette résolution de la Chambre, qui néanmoins l’adopte, le 9 mars, sur les instances de Chateaubriand.

Le 21 décembre 1816, Abrial dépose un rapport sur le projet de loi relatif aux effets du divorce. Il insiste sur la nécessité d’interdire le mariage à tout conjoint précédemment divorcé avant le décès de l’autre conjoint, même quand celui-ci est remarié. Il défend cela par des arguments tirés « de l’état de la législation », de « la morale, dont le domaine embrasse tous les temps, » et de « la religion, enfin, qui élève sa voix encore plus haut ».

Le 25 février 1817, il conclut, au nom de la commission, à l’adoption du projet de loi donnant au pouvoir le droit de renvoyer les ouvrages incriminés devant les tribunaux par la voie de la saisie. Adopté, le 11 mars, à l’unanimité par la Chambre des pairs. Le 18 avril 1818, enfin, il présente un projet qui réunit, en une seule et même loi, tout ce qui concerne la contrainte par corps pour causes civiles et pour dettes commerciales. Abrial fait insérer dans le Constitutionnel du 2 mai 1817 un éloge de Laurent de Grégory.

Fin 1819, Abrial devient presque aveugle. Mais il ne cesse pas d’assister aux séances de la Chambre. Son opération de la cataracte (1828), bien réussie, semble lui assurer quelques années de bonheur, mais il meurt à Paris, le 14 novembre.

Le comte Lemercier prononce son éloge funèbre, à la chambre des pairs, le 2 mars 1829 :

« André Joseph Abrial est un esprit froid, lucide et circonspect. On a dit, non sans raison que sa prudence allait parfois jusqu’à la pusillanimité. D’un talent un peu grave, il est surtout un savant jurisconsulte et un grand administrateur. »

Il repose avec son épouse, son fils, André Pierre Etienne, comte Abrial (1783-1840), et Etienne Jules comte Abrial inhumé en 1891, puis transféré au cimetière du Sud le 22 juillet de la même année.

Titres : Comte de l’Empire (26 avril 1808), Pair de France (4 juin 1814), Comte (héréditaire 31 août 1817). Distinctions : légionnaire (2 octobre 1803); grand-officier (14 juin 1804); grand-croix de la Réunion (1813).

Sources : Moiroux (Jules) Guide illustré du cimetière du Père Lachaise, Paris, 1922 ; Gabrielli (Domenico) Dictionnaire historique du Père Lachaise (XVIIIème-XIXème siècles), Editions de l’Amateur, Paris, 2002 ; Base Léonore (Légion d’honneur) ; Wikipedia. Date de création : 2006-06-11.

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Date de la dernière mise à jour : 24 avril 2021