Gilles Ostrowsky voit le jour en 1967.
Il devient comédien et hésite en permanence entre le comique et le tragique.
« En tant qu’acteur, mais aussi en tant qu’auteur, j’ai toujours voulu les mélanger pour voir comment on passe de l’un à l’autre, comment on peut atteindre ce point de basculement particulier où les deux se nourrissent et créent de l’émotion ».
Il n’hésite pas, comme dans Le retable, le Christ et le clown, à transformer une bataille de tartes à la crème en séance de crucifixion ou, dans Les Fureurs d’Ostrowsky, à métamorphoser en délirant dîner le repas où Thyeste mange ses propres enfants, servis en ragout par son frère Atrée.
« Et je me rends compte aujourd’hui que cette bascule constante ressemble à la vie ».
En 2017, il commence par chanceler, à peine levé. Son médecin se montre rassurant. « « Ce n’est rien, un petit problème d’oreille interne », disait-il ».
Mais après six mois de séances de kiné, sa situation ne s’arrange pas. Pis, son équilibre devient de plus en plus précaire. Cela inquiète la femme de Thierry Roisin. Lors des répétitions du Cri du zèbre, mis en scène par son mari, elle conseille au comédien de consulter le neurologue de l’hôpital de Poissy où elle est cheffe de service.
Le verdict tombe alors : c’est une atrophie multisystématisée (MSA), une maladie dégénérescente rare, imprévisible et incurable, due à une perte progressive de neurones.
Son parcours médical, y compris non conventionnel, il le consigne dans un carnet de bord, qui lui sert ensuite de support pour créer un spectacle.
« Au départ, je le faisais pour moi et ne pensais pas du tout que cela allait devenir un spectacle, confie-t-il. Et puis, l’idée du spectacle s’est imposée le jour où la neurologue m’a dit qu’aucun retour en arrière n’était possible avec la MSA. Ma maladie est, à ce moment-là, devenue un état que je ne pouvais plus me contenter de subir. Je devais vivre avec elle, dialoguer avec elle, pour ne plus simplement être son objet. »
De ce changement de point de vue est né Voyage en Ataxie, un cauchemar éveillé et lumineux. Le rire et l’émotion, l’absurde et le tragique, le vrai et le faux s’y mêlent allègrement. S’y croisent une ribambelle de médecins et un ami africain, un sorcier fan de Johnny Hallyday et un directeur de théâtre un peu lâche, des clowns un rien sadiques et un type assez mal à l’aise. Assis, sur scène, derrière son écran d’ordinateur, le comédien regarde ses deux comparses, Thomas Blanchard et Grégoire Oestermann. Ceux-ci se débattent, déséquilibrés par les matelas gonflables.
Le premier incarne le personnage de « G1 », sorte de vrai-faux double de Gilles Ostrowsky. Celui-ci a dû renoncer à jouer son propre rôle en raison de ses difficultés d’élocution et de déplacement. Le second comédien endosse tous les autres avec un appétit dévorant.
« Au début, j’ai eu peur que le texte impressionne Thomas et Grégoire, qu’ils ne s’autorisent pas à s’emparer de la liberté que je leur laissais car ils n’auraient pas osé rire par rapport à moi, mais l’aventure humaine a tout emporté », se réjouit le comédien.
Au fil des scènes, on passe alors, sans accroc, d’un jeu de mots facile sur la MSA – « ça doit pas être facile d’msa » – à l’ironie du sort d’un acteur dévoré par le clown qu’il a longtemps incarné.
Il meurt le 7 février 2026.
Sources : https://sceneweb.fr/portrait-gilles-ostrowsky-clown-malgre-lui/?doing_wp_cron=1778359141.2797539234161376953125, https://esseque-editions.com/136-voyage-en-ataxie.html, http://brain-team.fr/wp-content/uploads/2021/03/2021-02-11-Quelques-récits-de-Voyage-en-Ataxie-Gilles-Ostrowsky-.docx.pdf. Date de création : 2026-07-25.
