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Le cimetière de Montrouge (75)

mardi 30 août 2005.
 

« Récupéré » par Paris, le cimetière de Montrouge marque donc une extension funéraire australe au 14ème arrondissement de la capitale. Tout proche du périphérique, il est savamment ignoré comme le sont souvent les cimetières qui partagent cette position. C’est un tort, car les amateurs de tombes que nous sommes y trouvent de quoi satisfaire leurs appétits. Non pas que le site soit beau : totalement plat, et peu arboré, on n’y vient guère pour la chlorophylle. Les visiteurs pressés que l’on y croise sont là pour des défunts récents. C’est le plus souvent dans la solitude que l’on entame la ballade. Ce cimetière possède en outre une particularité : celle de posséder une crypte, malheureusement souvent fermée, dans laquelle reposent quelques locaux célèbres.

Coluche - 31.5 ko
Coluche
 
Incongrues, des personnalités ont pourtant effectivement élu domicile dans ce cimetière. Coluche (+1986 : presque 10 ans !) est en tête de cet aréopage : la tombe, une sorte de dais noir sur lequel son portrait a été gravé, est toujours fleurie et ornée de sujets, bougies ou petits mots. A quelques encablures, la chanteuse Lina Margy lève son verre pour l’éternité sur une photo, unique décoration de sa tombe. Elle non plus n’est pas oubliée, car son Petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles... est toujours fredonné.
 

Dans le même secteur, les gigantesques ailes qui ornent la tombe de l’aviateur Maurice Arnoux, mort au combat en 1940, attirent l’attention.

La littérature et l’argot sont dignement représentés dans le cimetière par la présence d’Albert Simonin, l’auteur de Touchez pas au Grisbi ou du Cave se rebiffe et celle de Michel Audiard, dialoguiste des années 50 aux années 80. Seul membre du groupe des surréalistes, René Crevel repose dans le caveau de famille de ce cimetière. Il en est de même du peintre Nicolas de Staël, connu pour ses footballeurs, qui repose tout au fond du cimetière. Outre ces grandes pointures, le cimetière de Montrouge possède des « seconds couteaux » dignes d’intérêt : ainsi repose dans la crypte l’abbé Migne, père du renouveau de la patrologie latine à partir de 1835, qui participa ainsi à la sauvegarde de la culture classique. Dans un tout autre genre, la chanteuse populaire Eugénie Buffet repose sous une dalle simple. L’interprète de la Sérénade des pavés (que chanta Piaf) y est dite « cigale nationale, caporal des poilus » : il est vrai qu’elle avait chanté pour eux durant la Grande Guerre.

Montrouge serait donc le cimetière de l’argot (Buffet, Simonin, Audiard) mais aussi des morts non naturelles : Coluche et Arnoux tués par la technique, l’un en moto, l’autre en avion. Crevel et Stael, tous deux suicidés...

Outre les célébrités, Montrouge possède d’autres monuments étonnants : quelques tombes contemporaines, comme l’étrange composition d’Etienne Beothy sur sa propre sépulture, plusieurs pleureuses de facture « années 30 », deux saisissantes « morts à la faux », sans oublier la très sérieuse tombe d’un médecin que Beyern qualifie de « plus belles moustaches de toute la sépulture française ».

Philippe L.