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Révolution - Empire - Restauration

FOURES Pauline (dite Bellilotte) (1778-1869)

26eme division
vendredi 7 avril 2006.
 

Bellilotte ou Notre Dame de l’Orient

Pauline Fourés née Bellisle, comtesse de Ranchoux voit le jour le 15 mars 1778. Romancière, peintre et musicienne, elle fut la maîtresse du général Bonaparte pendant la campagne d’Egypte. Bonaparte arrive en Egypte, torturé par la jalousie, en effet, Joséphine restée à Paris reste fidèle à elle-même menant une vie de fêtes et de plaisirs ou l’amour est roi.

Le futur Empereur a de quoi se poser des questions, les lettres de ses frères Joseph et Lucien, les rapports du Directoire. On cite surtout Hippolyte Charles. Bonaparte finit par arracher à Junot les noms compromettants : Barras, amant intermittent et bien d’autres. Bonaparte ne pratique pas la patience, il est ulcéré par les inconduites de son épouse, mais, sa flotte réduite à néant, il est prisonnier du fait, de sa conquête Il ronge son frein en attendant des jours meilleurs. Comme tout militaire d’occupation, il fréquente les lieux mis à la disposition des soldats pour leur amusement et leurs loisirs. Il se rend quelquefois au Tivoli égyptien où la troupe admire les danseuses du ventre.

Le 1er décembre 1798, c’est là qu’il remarque une très jolie jeune femme, à la taille bien prise, vêtue à la parisienne avec une de ces robes fendues sur les jambes dont raffolent les belles du Directoire. Le général s’empresse de prendre des renseignements sur la dame, on lui répond qu’elle est la citoyenne Pauline Fourès, épouse d’un sous-lieutenant au 22e chasseurs à cheval qui a passé outre l’ordre donné par le chef de l’expédition, à savoir : pas de femme à bord hormis les cantinières, blanchisseuses et couturières nécessaires au service de l’armée. Malgré cet ordre, on s’aperçoit très vite que de nombreuses femmes ont suivis leur mari ou leur compagnon travesties en hommes. Pauline Fourès, femme de caractère, combat lors de la bataille des Pyramides, elle est alors surnommée Bellilotte diminutif de son nom de jeune fille Bellisle. Toutes ces dames ont un comportement altier déguisé en homme.

Bonaparte a un faible pour les hommes de caractère et courageux, là, c’est une femme qui présente ces caractéristiques. Il l’invite à sa table, lui offre son pardon, à cela une condition : venir au palais d’Elfi-Bey, sa résidence officielle. La jeune femme est tout d’abord effrayée, mais se ressaisie, et toisant le général elle lui répond : « Vous moquez vous ? », Bonaparte déjà troublé s’incline et s’en va, déjà conquit. Le lendemain, Pauline fait son entrée au Grand Quartier Général, ou elle fait sensation. Bonaparte, la prend par la main et renferme la porte sur eux. Le général présente ses compliments, loue sa beauté et l’invite à dîner.

Il lui glisse une bague sertie d’un diamant et lui annonce que son mari est promu capitaine (sic). Le soir même le sous-lieutenant Fourès est convoqué au Quartier général ou Berthier lui remet un ordre de mission lui enjoignant d’embarquer à Alexandrie pour une mission secrète. Comblé et surpris, il s’inquiète de sa femme, on lui répond « Nous veillerons sur elle ». A peine a-t-il tourné les talons que son épouse est invitée à dîner au palais. Le repas est un plaisir, et un enchantement, le couple reste à l’écart, Bonaparte, très nerveux, renverse sur la robe de la jolie femme une carafe d’eau. Pour réparer cette maladresse, Bonaparte emmène sa compagne dans sa chambre, et là, deviennent amants. Le lendemain, Pauline Fourès est la maîtresse officielle. Elle trouve logis prés du palais, elle accompagne le général dans toutes ses sorties et ses chevauchées, vêtue d’un uniforme et coiffée du chapeau à plumes des généraux de l’armée d’Egypte. L’armée lui réserve un succès fou, et la surnomme Cléopâtre ou Notre Cléopâtre ou bien encore Notre-Dame de l’Orient. Elle est adulée par la troupe à cause de sa beauté, de sa bonne humeur et de son courage dynamique.

Mais, les anglais parfois facétieux, font prisonnier le mari de Bellilotte et le renvoie en Egypte où il ne tarde pas à constater son infortune. Bonaparte ne tarde pas à faire divorcer le ménage. Napoléon et Pauline sont réellement amoureux, Bonaparte dit-on a un moment le projet de répudier Joséphine et d’épouser Pauline. Il va jusqu’à lui demander de lui donner un enfant. Nombreux sont ceux, dans l’entourage du général en chef à penser que la Souveraine de l’Orient va succéder à la créole. Mais, le destin veille, et Pauline ne sera jamais impératrice. Suite à un contact avec l’amiral anglais Sydney Smith concernant un éventuel échange de prisonniers, Bonaparte apprend la réelle situation de la France et du devenir des conquêtes d’Italie. Il décide donc de quitter son armée et fait armer dans le plus grand secret les deux bâtiments rescapés de la bataille d’Aboukir, la Muiron et la Carrère. Il fait ses adieux à Bellilotte sans rien lui dire de ses projets, et s’embarque pour un voyage de deux mois. Il passe à travers la flotte anglaise et traverse la Méditerranée. C’est la fin du règne de Pauline Fourès. Elle est un temps la maîtresse du général kléber. Elle revient en France en 1800. D’abord partie pour les Amériques, son navire est arraisonné par la flotte anglaise qui la renvoie en Egypte où elle réside encore quelques mois. A son retour, Bonaparte devenu Premier Consul ne souhaite pas voir éclater un scandale et refuse de la recevoir. Mais il lui fait bénéficier de ses largesses en lui octroyant un manoir prés de Paris et une pension. Pauline se remarie avec Henry de Ranchoux, elle ne reverra l’Empereur qu’en 1811. Elle se lance dans les affaires et monte un négoce avec le Brésil. Elle ne revient en France qu’en 1837. Elle cumule les talents de peintre, musicienne et écrivain. Elle suivit longtemps à Napoléon et décédera en 1869 à Paris. Ce fut sans doute l’un des derniers survivants de la campagne d’Egypte.

Crédit photo : Annie_photo et divers (APPL 5-2006)