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Compositeurs - Musiciens - Vituoses

MONPOU Hippolyte (1804-1841)

58eme division (1ere ligne, AE, 13)
vendredi 2 janvier 2009.
 

Compositeur et organiste français

Hippolyte Monpou voit le jour à Paris le 12 janvier 1804

Décédé à Orléans le 10 août 1841

Compositeur et organiste français.

Hippolyte Monpou est né à Paris le 12 janvier 1804. Il fut d’abord enfant de chœur à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, puis entra à neuf ans dans la maîtrise de Notre-Dame, alors dirigée par Pierre Desvignes, restaurateur de la musique sacrée au lendemain de la Révolution.

En 1817, il devient l’un des premiers élèves de l’« Institution royale de musique classique et religieuse » fondée par Alexandre-Étienne Choron, d’où sortiront Gilbert Duprez, Rosine Stoltz, Louis Dietsch, la tragédienne Rachel et maints autres artiste. En 1820, à l’âge de 16 ans, il est nommé organiste à la cathédrale de Tours.

Il n’y restera pas longtemps. Assoiffé de création, il retournera à Paris pour étudier les grands compositeurs italiens, allemands et français, avec Bernardo Porta, André-Hyppolyte Chélard et François-Joseph Fétis. Pour gagner sa vie, il revient à l’école de Choron, mais cette fois-ci en qualité de maître répétiteur. Puis il devient successivement organiste de l’église Saint-Thomas-d’Aquin, de Saint-Nicolas-des-Champs et de la chapelle de la Sorbonne, ce qui lui permet de faire exécuter plusieurs messes de sa composition.

Quand Choron crée en 1828 l’Institution royale de musique religieuse, il fait tout naturellement appel à Monpou pour remplir diverses fonctions d’accompagnateur lors de concerts de musique ancienne. Jouer en public ne va pas de soi pour le jeune homme qui, avec un nez camard et de longs cheveux roux, a conscience d’être laid.

Il doit combattre la timidité qui, durant toute sa jeunesse, lui faisait perdre ses moyens et l’empêchait de devenir un bon lecteur et un habile pianiste. C’est vers cette époque qu’il fait ses premiers pas dans la musique profane.

Sa première composition connue, un nocturne à trois voix, sur les paroles de Béranger Si j’étais petit oiseau (1828), remporte un certain succès. Plusieurs romances suivent qui allient la gaieté et la fraicheur des sentiments (Rose, partons, voici l’aurore, Joli-Cœur, Chauvin et Janneton, Il était trois chasseurs).

Entre musique sacrée et musique profane, la révolution de 1830 tranchera. Les écoles de musiques religieuses, y compris l’établissement de Choron, doivent fermer leurs portes. Au milieu de la crise, le mouvement romantique fait une entrée tumultueuse sur la scène culturelle.

Monpou ralliera le mouvement et composera la musique de L’Andalouse sur des paroles d’Alfred de Musset. Une fois encore, il s’agit d’une romance, mais avec un ton différent où érotisme et insolence remplacent les sentiments, souvent à l’eau de rose, qui caractérisent le genre.

Le succès est instantané et immense. Mieux encore, pour un jeune artiste, la romance fait scandale, ainsi que le rappelle Théophile Gautier : « Quand [Monpou] s’asseyait au piano, l’œil en feu, la moustache hérissée, il se formait autour de lui un cercle de respectueuse terreur : aux premiers vers de L’Andalouse, les mères envoyaient coucher leurs filles et plongeaient dans leurs bouquets, d’un air de modeste embarras, leur nez nuancé des roses de la pudeur. La mélodie effrayait autant que les paroles ! Peu à peu, cependant, l’on finit par s’y faire ; seulement, on substituait teint à sein bruni, et l’on disait : C’est la maîtresse qu’on me donne... au lieu de : C’est ma maîtresse, ma lionne... qui paraissait, en ce temps-là, par trop bestial et monstrueux. »

Monpou est devenu le musicien romantique par excellence. Ami des écrivains Victor Hugo, Alfred de Musset, Frédéric Soulié, Alexandre Dumas, Théophile Gauthier, ceux-ci le lui rendaient bien, ainsi que l’explique ce dernier :

« Les poètes aimaient beaucoup ce musicien qui respectait leurs paroles et ne dérangeait pas l’économie de leurs strophes savantes. Monpou aimait les rythmes difficiles, et prétendait queues coupes peu usitées amenaient des motifs nouveaux. Bref, il a été l’un des nôtres et comme le Berlioz de la ballade. »

Par contre, cette musique, avec ses cadences brusques et sonores qui ne sont pas sans rappeler la manière de Haendel, plaira moins aux musiciens, en particulier aux critiques toujours soucieux de préserver la musique ancienne de la contagion des chansonnettes populaires. Les ennemis de Monpou, qui étaient nombreux, parlaient de ses fautes de composition « qui révoltaient le sentiment des musiciens, (mais qui) étaient précisément ce qui obtenait du succès dans le monde à part qui avait entrepris la déification du laid. »

Travailleur acharné, Monpou multipliera les créations : Sarah la Baigneuse de Victor Hugo, Les Colombes de Saint-Marc, Le Lever, Venise, Madrid, La Chanson de Mignon, Le Fou de Tolède, Gastibelza, Les deux Archers, Les Résurrectionnistes, Le Voile blanc... Il s’agit toujours de romances, mais elles se distinguent de la production courante par une incontestable originalité.

Cette volonté d’aller plus loin se traduit tout d’abord par un renouvellement des thèmes. Il met ainsi en musique un chapitre des Paroles d’un croyant de Lamennais, le Chant d’exil de Victor Hugo ainsi que la dernière scène d’Othello, traduite par Alfred de Vigny. Bien qu’il n’ait pas de voix, il n’hésite pas à chanter lui-même ses compositions dans les salons où sa verve force l’admiration.

Encouragé par les succès qu’il remporte dans la romance, Monpou se décide enfin à aborder la scène théâtrale. Il fait représenter en 1835 au théâtre de l’Opéra Comique Les Deux Reines, ouvrage en un acte, sur un texte de Frédéric Soulié. L’air du refrain Adieu mon beau navire, connait un tel succès populaire que son auteur y gagne le surnom plaisant de « Monpou-mon-beau-navire » !

À partir de ce moment, ses compositions dramatiques se succèdent assez rapidement Le Luthier de Vienne, opéra comique en un acte, dont les paroles sont d’Adolphe de Leuven et Henri de Saint-Georges, est joué en 18361.

Piquillo, opéra en trois actes dont le livret est d’Alexandre Dumas et Gérard de Nerval, est représenté à la fin de 1837. La création de cette pièce est passée à l’histoire en raison de l’amour fou que portera Gérard de Nerval à « la chanteuse à la voix de cristal, l’artiste aux cheveux d’or », la comédienne Jenny Colon. Pour conquérir le cœur de la femme de ses rêves, Gérard de Nerval entreprend d’écrire une pièce dont le rôle principal mettrait en valeur le talent de Jenny Colon. Craignant de ne pouvoir y arriver seul, il demande l’aide d’Alexandre Dumas.

L‘opéra n’a connu « qu’un succès secondaire » selon les propres mots d’Alexandre Dumas. La fadeur du livret sera quelque peu rachetée par la musique de Monpou et Jenny Colon triomphera dans le rôle de Sylvia - ses couplets Je ne suis point Phoebé, La déesse voilée et l’air Ah, dans mon cœur, quelle voix se réveille enchanteront le public en raison de leur mélodie à l’harmonie surprenante, mais toujours séduisante.

Les années suivantes, Monpou donne Perugina au théâtre de la Renaissance, puis Un conte d’autrefois et Le Planteur à l’Opéra-comique où il fait preuve d’idées heureuses et d’un talent réel sans pourtant renouer avec le succès des Deux Reines.

Tout change avec La chaste Suzanne, opéra en quatre actes, qui est monté au Théâtre de la Renaissance. Une fois encore le scandale est au rendez-vous, mais cette fois-ci, il est double.

D’une part, le traitement burlesque du thème biblique dans le livret indispose une partie du public et, d’autre part, l’Académie royale de musique soutient que la pièce appartient au genre du « grand opéra » qui lui est exclusivement réservé. À ce titre, elle intente un procès au Théâtre de la Renaissance pour avoir outrepassé son privilège.

Le théâtre de la Renaissance doit interrompre les représentations, non pas faute de spectateurs, mais au contraire en raison même de son succès. Le coup est mal reçu de Monpou. En effet, avec La chaste Suzanne il a conscience d’avoir atteint la pleine maturité de son métier, ce que confirme l’étrange procès de l’Académie de musique : ce n’est plus de l’opéra-comique, c’est du « grand opéra ». Le musicologue Félix Clément, pourtant peu suspect de complaisance à son endroit, écrira dans sa monumentale rétrospective : « Au point de vue de l’inspiration musicale, l’opéra de La chaste Suzanne est, à mon avis, le meilleur ouvrage lyrique d’Hippolyte Monpou. »

La dernière pièce de Monpou représentée de son vivant est Jeanne de Naples, opéra-comique en trois actes, composée en collaboration avec Luigi Bordèse, qui remportera un vif succès auprès du public. Une fois encore, la critique dénoncera le manque d’unité entre les « accents heurtés et inégaux de Monpou » et « les mélodies faciles et dans le goût italien de Bordèse. »

Une mort prématurée :

Les difficultés de La chaste Suzanne et surtout les excès de travail ont lourdement taxé la santé de Monpou. Alexandre Dumas écrit qu’il buvait « jusqu’à trois ou quatre tasses de café par nuit ». C’est alors qu’il conclut un contrat draconien avec le librettiste en vogue Eugène Scribe pour mettre en musique Lambert Simnel, une pièce en trois actes pour la scène de l’Opéra-comique. Le thème historique emprunté à l’Angleterre de la Renaissance, dans la tradition de Walter Scott, se prête particulièrement bien à l’imagination de Monpou.

Par contre, les conditions imposées par l’Opéra-comique sont draconiennes : obligation de livrer la partition à échéance rapprochée sous peine d’une pénalité de 20 000 francs. Justement, Monpou a la réputation d’être ponctuel et de toujours respecter ses engagements.

À son habitude, il travaille jour et nuit. Rien n’y fait. Une gastro-entérite se déclare. Il demande un sursis de 25 jours qu’on lui refuse. L’impitoyable direction de l’Opéra-comique envoie des huissiers à répétition.

Sur les conseils de ses médecins, Monpou va à la campagne reprendre des forces. Il se réfugie chez son ami Louis-Émile Vanderburch à La Chapelle-Saint-Mesmin (bâtiment hébergeant l’actuel hôtel de ville), sur les bords de la Loire. Son état s’aggrave rapidement et il doit être hospitalisé en toute hâte à Orléans où il meurt quelques jours après, le 10 août 18411, à l’âge de trente-sept ans.

Sa femme, Aspasie Oschens ramène ses restes à Paris où les obsèques ont lieu le 14 août 1841 à l’église Saint-Roch. Un grand nombre d’hommes de lettres et d’artistes des théâtres lyriques assistent à cette cérémonie où un chœur de la Chaste Suzanne et un air des Deux Reines, sont intercalés dans une messe de Jommelli.

Monpou laisse en mourant deux œuvres inachevées, un acte de son opéra de La Reine Jeanne et, bien sûr, plusieurs morceaux de Lambert Simnel. Ces deux ouvrages seront terminés par Adolphe Adam et montés sur scène.

Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (58e division).

Sources : Wikipédia et divers (2017)

Photos : Pierre-Yves Beaudoin (2017)

(APPL 2017)